DIVERTISSEMENT
23/10/2015 11:56 EDT

«La traversée du malheur»: Michel Tremblay finit en beauté (ENTREVUE)

Ulf Andersen via Getty Images
PARIS - OCTOBER 19: (FILE PHOTO) Canadian author Michel Tremblay poses while at the Book Fair America in Paris,France on the 19th of October 2002. (Photo by Ulf Andersen/Getty Images)

Hasard ou pas du calendrier, Michel Tremblay a lancé son nouveau roman lundi dernier, La traversée du malheur, en pleine soirée des élections. Sans savoir encore que le vainqueur désigné serait Justin Trudeau, il avait déjà déploré que la culture soit la grande absente durant la longue campagne électorale.

«Les candidats ont évité de parler de culture pendant des semaines, a-t-il déclaré en entrevue pour le Huffington Post Québec. C’est le signe que l’économie est devenue plus importante que n’importe quel autre sujet. De toute façon, ces gens-là ne sont pas intéressés par la culture. Ce sont parfois des gens ignorants qui nous gouvernent»

Le prolifique écrivain est tout de même allé voter, un acte important selon lui, malgré l’indifférence du milieu politique. «Que pouvons-nous y faire? C’est désolant, mais c’est comme ça. Beaucoup de personnes n’aiment pas les artistes, alors les politiciens qui veulent plaire à la population évitent ce genre de thème. Je suis toujours aussi triste quand je vois des gouvernements qui refusent de reconnaître que la culture est un secteur économique dynamique.»

Il prend pour exemple son dernier bouquin dont la sortie fait vivre plusieurs professionnels de l’industrie. «La sortie d’un roman ne se fait pas toute seule, a-t-il expliqué. Sans les imprimeurs, les éditeurs ou les libraires, ce livre n’existerait tout simplement pas.»

Sombre et lumineux

Sur plus de deux cents pages, La traversée du malheur est le neuvième et dernier volet de La Diaspora des Desrosiers. On est à Montréal, l’été 1941. Nana, Albertine, Victoire, Édouard et les autres doivent composer avec les privations d’une époque ancrée en pleine Seconde guerre mondiale

«L’œuvre signe la fin d’une saga et en annonce une autre, celle des Chroniques du Plateau-Mont-Royal, précise Michel Tremblay. Par conséquent, je préparais ce livre depuis longtemps. Lorsqu’on construit un tel récit sur une période de trente ans, on fait évoluer nos personnages vers leur destinée. Ce dernier chapitre est d’ailleurs l’occasion d’y dénouer des nœuds en tentant de régler le cas de tout le monde.»

Même si le titre semble annoncer des jours sombres, le roman est traversé par de grands moments de bonheur, comme si la lumière pointait toujours au bout d’un tunnel que l’auteur aura tenté de décrypter depuis 1966 avec la publication d’En pièces détachées.

«J’ai toujours compris quel malheur viendrait frapper. L’ensemble représente un véritable puzzle mental. Je sais aussi que La traversée du malheur est un très mauvais titre pour un roman, mais cela m’importe peu puisque l’œuvre représente la fin d’un cycle. Les lecteurs veulent surtout savoir ce qui va arriver aux personnages.»

Maintenant que la saga est définitivement clôt, Tremblay ne sait pas encore de quoi son avenir littéraire sera fait. «Je suis trop vieux pour passer à autre chose, a-t-il lancé en riant. Je ne crois pas au "lifting" littéraire à 73 ans. Il existe aujourd’hui beaucoup de jeunes auteurs de romans que j’admire. Il n’y a rien de plus triste de voir de vieux artistes qui veulent avoir l’air jeune. Il y a tout juste 50 ans, j’ai pu écrire Les belles-sœurs. J’ai tracé ma propre voie et il n’est pas question que je change.»

Et puis, il n’est pas impossible que monsieur retourne puiser dans son foisonnant corpus. «Il y a toujours moyen de faire ce que les Américains appellent des "spin off", a-t-il ajouté. Je vais peut-être prendre un de mes personnages afin de le développer davantage. J’y pense, mais rien n’est encore certain. On verra!»

La traversée du malheur – Michel Tremblay – Les Éditions Leméac/Actes Sud – 247 pages – parution le 19 octobre 2015.

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