POLITIQUE
23/10/2015 04:07 EDT | Actualisé 23/10/2015 04:09 EDT

Les Autochtones pressent Ottawa et Québec d'agir sans plus attendre

Radio-Canada.ca

À Val-d'Or, les Autochtones lancent un cri du cœur au premier ministre désigné Justin Trudeau : ils veulent sans attendre une enquête nationale sur le sort réservé aux femmes autochtones à travers le pays.

C'est un père éprouvé qui en a formulé la demande vendredi en conférence de presse. Johnny Wilde, dont la fille Cindy Ruperthouse est portée disparue depuis 18 mois, a déclaré avec émotion : « Monsieur Trudeau, notre nouveau premier ministre du Canada, allez tenir vos promesses de lancer sans attendre une enquête publique nationale sur les cas des femmes autochtones, disparues et assassinées ».

Cet appel déchirant s'inscrit dans la foulée de la diffusion d'un reportage à l'émission Enquête sur des allégations d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir à l'endroit de femmes autochtones de Val-d'Or.

David Kistabish, chef de la Première Nation d'Abitibiwinni demande lui aussi à Justin Trudeau, de mettre sur pied l'enquête qu'il a promise « sans attendre davantage ». M. Kistabish réclame une « grande commission d'enquête publique » qui mènerait à un « sommet extraordinaire » réunissant tous les leaders du Québec.

« Le gouvernement du Québec ne peut plus rester indifférent et se cacher derrière le gouvernement fédéral, a déclaré David Kistabish. Il est temps de faire le point de nation à nation. Messieurs Couillard et Trudeau : je vous demande de passer immédiatement aux actes ».

Il faut une enquête indépendante, selon l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador

L'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) dit ne pas accepter la réponse du gouvernement qui, selon l'Assemblée, laisse croire qu'une simple enquête interne apportera un éclairage sur des allégations à l'endroit de son corps policier provincial.

Rappelons qu'une enquête conduite par le Service de police de la Ville de Montréal a été enclenchée à la suite d'allégations portées contre les policiers de la Sûreté du Québec de Val-d'Or. Ces agents sont soupçonnés d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir à l'endroit de femmes autochtones de cette région.

Par voie de communiqué, l'APNQL demande que le gouvernement mette sur pied une enquête indépendante qui aura la crédibilité nécessaire auprès des victimes et des dirigeants autochtones. L'APNQL est également troublée d'apprendre que les agents qui font l'objet des allégations étaient encore en service jusqu'à aujourd'hui.

Ces policiers, au nombre de huit, font l'objet à compter d'aujourd'hui d'un « retrait administratif », comme l'a annoncé la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault vendredi.

« C'est la sécurité publique qui est en cause ici et la réponse doit être à la hauteur de la gravité des gestes », a déclaré par voie de communiqué le chef de l'APNQL, Ghislain Picard.

L'APNQL estime aussi que la commission parlementaire annoncée par Québec n'est pas suffisante, l'enjeu de la justice envers les Premières Nations dépassant ce cadre, dit l'Assemblée.

Les centres d'amitié autochtones se mobilisent

La directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, Edith Cloutier, presse aussi Québec d'instaurer une enquête indépendante.

Elle croit par ailleurs qu'une « enquête gouvernementale qui aborderait spécifiquement le contexte de Val-d'Or devrait débuter rapidement. Pour Mme Cloutier, pareille enquête permettrait de se pencher non seulement sur les évènements malheureux mis au grand jour, mais aussi de créer un espace permettant de recueillir d'autres témoignages.

Au Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec (RCAAQ), on rappelle que les femmes autochtones qui vivent ou qui sont de passage dans les villes font l'objet de racisme et de discrimination, en plus d'éprouver des difficultés créées par la barrière de la langue ou encore par la difficulté de se trouver un emploi et un logement. Le RCAAQ cite « des préjugés et des comportements abusifs à l'égard des femmes autochtones, plus particulièrement de la part des autorités policières chargées de leur protection ».