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23/10/2015 00:45 EDT | Actualisé 22/10/2016 01:12 EDT

Le Guatemala vote dimanche pour tourner la page de la corruption

Quelque 7,5 millions de Guatémaltèques sont appelés dimanche à voter pour le second tour de l'élection présidentielle, avec un acteur comique inexpérimenté comme grand favori, illustrant le rejet populaire de la corruption et de la classe politique traditionnelle.

Comédien et animateur de télévision de 46 ans, Jimmy Morales n'a jamais exercé la moindre fonction politique.

Le dernier sondage, publié mercredi, le donne pourtant largement en tête des intentions de vote, le créditant de 67,9% des voix contre seulement 32,1% pour son adversaire, l'ancienne Première dame Sandra Torres, 60 ans, de l'Union nationale de l'espoir (UNE, sociale-démocrate).

Connu pour le personnage naïf de "Neto" qui, dans un film, a failli devenir président par accident avant d'y renoncer à la dernière minute, Jimmy Morales a percé de manière spectaculaire ces derniers mois sur la scène politique nationale.

Affichant un large sourire et multipliant les bons mots dans ses meetings, il avait été la grande surprise du premier tour, le 6 septembre, en raflant 23,99% des suffrages contre 19,75% pour Sandra Torres.

Le scrutin avait été organisé dans une atmosphère atypique, après des mois de manifestations pacifiques, chaque semaine, contre la corruption.

L'élément déclencheur de ce mouvement de protestation, sans précédent dans l'histoire de ce pays centraméricain qui est l'un des plus violents au monde, avait été la révélation en avril, grâce à une enquête conjointe du parquet et d'une commission indépendante de l'ONU, d'un scandale de fraude fiscale et de corruption touchant le plus haut niveau de l'Etat.

L'affaire avait écoeuré les Guatémaltèques, dont 53,7% vivent sous le seuil de pauvreté et qui supportent au jour le jour un système public de santé et d'éducation en pleine débâcle, faute de moyens.

Ce climat d'exaspération a précipité, quelques jours seulement avant le premier tour, la démission du président Otto Pérez, un ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis son placement en détention provisoire jusqu'au 21 décembre, date à laquelle un juge décidera de l'ouverture éventuelle d'un procès.

Il est accusé, comme son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, aussi incarcérée, d'avoir dirigé un réseau de corruption au sein des douanes, qui aurait détourné 3,8 millions de dollars entre mai 2014 et avril 2015 et versé 800.000 dollars en pots-de-vin à M. Pérez et Mme Baldetti.

- Belles paroles -

Jusqu'au 14 janvier, jour de la prise de fonctions du nouveau chef de l'Etat, c'est le président par intérim Alejandro Maldonado, jusque-là vice-président, qui dirige le Guatemala et ses 15,8 millions d'habitants.

Dimanche, les bureaux de vote ouvriront à 07h00 (13h00 GMT) et les premiers résultats devraient être connus après 21h00 (03h00 GMT lundi).

Dans l'entre-deux-tours, les candidats ont multiplié les belles paroles contre la corruption.

"Notre premier principe est zéro tolérance à la corruption, l'un des fléaux qui a empêché le Guatemala de s'épanouir comme nation", a clamé Jimmy Morales.

"La corruption est certainement la pire menace quand un gouvernement cherche le bien-être de ses citoyens", a renchéri Sandra Torres.

Mais si Jimmy Morales arrive auréolé de son absence d'expérience politique, perçue par ses partisans comme un gage d'honnêteté, son parti est, lui, questionné, notamment en raison de la présence dans ses rangs - niée par M. Morales - de militaires accusés de violations des droits de l'homme, dans ce pays traumatisé par 36 ans de guerre civile (1960-1996).

Face à lui, l'ex-Première dame Sandra Torres compte sur sa popularité dans les zones pauvres et rurales pour l'emporter.

Une popularité qu'elle s'est forgée en dirigeant les programmes sociaux du gouvernement de son mari Alvaro Colom, président de 2008 à 2011.

Réputée pour son caractère froid et dur, elle n'avait pas hésité à divorcer de lui en 2011 pour pouvoir se présenter à la présidentielle, ce qui lui avait été refusé par le Tribunal électoral, qui interdit toute candidature d'un proche du président sortant. Elle a finalement obtenu gain de cause en 2015.

Ses détracteurs l'accusent d'avoir fait partie de l'ex-guérilla qui a combattu les autorités pendant la guerre civile, qui a fait 200.000 morts et disparus, ce qu'elle a toujours nié.

bur-ka/plh

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