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23/10/2015 04:35 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

La suprématie du parti au pouvoir menacée lors des élections générales en Tanzanie

La Tanzanie organise dimanche des élections générales - présidentielle, législatives et locales - potentiellement historiques, car elles pourraient mettre fin au règne du parti au pouvoir depuis l'indépendance dans le pays le plus peuplé d'Afrique de l'Est.

Quelque 23 millions de Tanzaniens, sur une population totale de 52 millions d'habitants, vont choisir le successeur de l'actuel chef de l'Etat Jakaya Kikwete, qui ne se représente pas, conformément à la constitution, après avoir achevé son second mandat.

Ces élections générales - les cinquièmes depuis l'instauration du multipartisme en 1992 - permettront aussi aux Tanzaniens de désigner leurs députés et conseillers municipaux. L'archipel semi-autonome de Zanzibar élira son propre président et ses députés.

La succession de M. Kikwete, qui avait été très confortablement élu en 2005 (80% des suffrages exprimés) et réélu en 2010 (61,17%), s'annonce très ouverte, les principaux partis d'opposition s'étant ralliés autour d'une candidature unique.

Le favori parmi les huit candidats en lice reste celui du parti Chama Cha Mapinduzi (CCM) au pouvoir, John Magufuli, 55 ans. Mais l'actuel ministre des Travaux publics est loin d'avoir partie gagnée d'avance.

Les quatre plus importants partis d'opposition, regroupés dans la coalition Ukawa, se sont accordés sur la candidature d'Edward Lowassa, 62 ans, premier ministre de 2005 à 2008, avant de devoir démissionner pour son implication dans un scandale de corruption.

M. Lowassa a claqué la porte du CCM en juillet, après avoir été battu à la primaire du parti par M. Magufuli, pour rejoindre le Chadema (Parti pour la démocratie et le développement), principal parti d'opposition.

Le CCM, parti unique jusqu'en 1992 - et auparavant la Tanu (Union nationale africaine du Tanganyika) dont il est issu -, a remporté toutes les élections générales depuis l'avènement du multipartisme et dispose actuellement des deux-tiers des sièges au Parlement monocaméral.

Mais pour nombre d'observateurs, jamais la prééminence du CCM, affaibli par des dissensions internes - plusieurs hauts cadres ont fait défection - et des scandales de corruption, n'a été autant menacée.

- Sécurité renforcée -

"Même si le CCM a clairement de gros avantages en termes électoraux, il y a de plus en plus d'indications laissant penser que sa mainmise sur le pouvoir continue à s'atténuer", a estimé l'ancien haut diplomate américain Johnnie Carson sur le site African Arguments.

D'autres considèrent que M. Lowassa, longtemps un pilier du CCM, ne représente pas une vraie alternative. "Pour beaucoup de Tanzaniens, Lowassa incarne les maux mêmes que le pays veut voir traités", a écrit l'analyste tanzanien Emmanuel Tayari.

MM. Magufuli et Lowassa ont lancé des appels répétés en faveur de la préservation de la paix et de l'unité nationale, et dénoncé le tribalisme, la violence religieuse et la corruption.

Mais un scrutin serré pourrait déboucher sur des violences post-électorales. Le président Kikwete a fait renforcer la sécurité. "Ne harcelez, n'intimidez ou ne favorisez personne, mais n'hésitez pas à vous occuper des fauteurs de troubles", a-t-il demandé cette semaine aux chefs de la police.

L'économie tanzanienne est encore largement axée sur le secteur agricole, qui emploie 75% de la main-d'oeuvre et représente 25% du PIB.

La Tanzanie a affiché une croissance de 7% ces deux dernières années, selon la Banque mondiale. Mais celle-ci déplore que le pays reste "très pauvre au regard des normes régionales et internationales".

"Pendant la campagne, les deux camps se sont accordés sur un point: l'administration sortante a laissé la plupart des Tanzaniens dans une pauvreté extrême et contribué à la hausse de la corruption", estimait cette semaine l'hebdomadaire régional The East African.

Si les élections se déroulent généralement dans le calme sur la partie continentale de la Tanzanie, elles donnent souvent lieu à des violences à Zanzibar.

Sur l'archipel, le président Ali Mohamed Shein, du CCM, et le vice-président Seif Sharif Hamad, du Front civique uni (CUF), qui se partagent le pouvoir au sein d'un gouvernement de coalition, sont les favoris de l'élection présidentielle locale.

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