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23/10/2015 08:54 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Israël fait un geste d'apaisement, les Palestiniens affluent sur l'esplanade

Des milliers de fidèles palestiniens ont afflué vendredi sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, ouverte par Israël à tous sans restriction pour la première fois depuis des semaines dans un signe d'apaisement face à une escalade qui fait craindre une nouvelle intifada.

Des heurts violents ont cependant mis aux prises des dizaines de jeunes lanceurs de pierres palestiniens et des soldats israéliens rispostant massivement avec des gaz lacrymogènes dans un quartier d'Hébron, poudrière de Cisjordanie occupée, et à la sortie de Ramallah, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Au moins deux Palestiniens ont été blessés par des tirs israéliens.

Les mouvements palestiniens ont appelé à une "journée de la colère" devenue rituelle après la prière, en Cisjordanie et à Gaza, les deux territoires divisés géographiquement et politiquement qui sont censés former un jour un Etat palestinien indépendant.

La situation dans la Vieille ville de Jérusalem par laquelle on accède à l'esplanade des Mosquées était en revanche sans comparaison avec celle de la semaine dernière quand les ruelles étaient hérissées de checkpoints où des centaines de policiers israéliens contrôlaient presque tout le monde et interdisaient le passage aux hommes de moins de 40 ans.

Aux deux barrages dressés vendredi entre la porte des Lions et l'esplanade, les policiers ne consultaient que sporadiquement les papiers des fidèles qui se présentaient, a constaté un journaliste de l'AFP.

Environ 25.000 musulmans ont participé à la prière alors qu'ils sont habituellement 10 à 15.000, a dit à l'AFP cheikh Azzam al-Khatib, chef de la fondation islamique qui administre l'esplanade. La police israélienne a parlé d'environ 30.000.

- Aucun respect -

Israël a annoncé que tous les fidèles palestiniens pourraient se rendre sans réserve d'âge sur l'esplanade, alors que le gouvernement de Benjamin Netanyahu et la direction palestinienne sont soumis à la pression d'une communauté internationale inquiète, qui cherche à écarter le danger d'un embrasement généralisé.

La levée des restrictions d'âge semble relever des "propositions constructives" évoquées par le secrétaire d'Etat américain John Kerry et M. Netanyahu lors de leur rencontre jeudi à Berlin.

M. Kerry doit rencontrer samedi à Amman le président palestinien Mahmoud Abbas et le roi Abdallah II de Jordanie.

Une réunion du quartette (Russie, Etats-Unis, Union européenne, ONU) fondé en 2002 pour jouer le rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien est prévue ce vendredi à Vienne.

Les fidèles interrogés par l'AFP auprès de l'esplanade savouraient l'instant mais ruminaient de rester soumis au bon vouloir israélien. Beaucoup doutaient que cela suffise à dissiper les tensions et soulignaient que les problèmes fondamentaux des Palestiniens restaient entiers.

Wissam Abou Madi, 20 ans, n'était plus allé sur l'esplanade depuis trois mois, dont deux à cause des restrictions israéliennes.

"Bien sûr que c'est mieux. Mais les checkpoints sont toujours là et les fouilles continuent. Ils fouillent les vieux, les enfants, les femmes. Il n'y a aucun respect", dit-il. Les attentats "vont continuer".

"En deux mois, on a été autorisé à entrer une seule fois. Qu'est-ce que vous croyez ?" abonde Ahmed, 34 ans, quand on lui demande si la température va retomber.

- "Calmer les esprits" -

Cheikh Azzam al-Khatib était, lui, moins réservé: "tout ce qui tient les juifs de droite à l'écart contribue à calmer les esprits à Al-Aqsa", la mosquée qui donne souvent son nom à l'esplanade, a-t-il dit.

La question du contrôle et de l'accès à l'esplanade, troisième lieu saint de l'islam également révéré par les juifs comme l'emplacement de leur ancien temple, catalyse les tensions.

Jérusalem, les Territoires et Israël sont en proie depuis le 1er octobre à une vague de violences qui a coûté la vie à 49 Palestiniens (pour moitié des auteurs d'attentats), à un Arabe israélien et à huit Israéliens.

Un soldat israélien a été légèrement blessé vendredi en Cisjordanie, dans la dernière en date d'une série d'attaques à l'arme blanche de la part de Palestiniens isolés, a dit l'armée. Les camarades du soldat ont ouvert le feu sur son agresseur palestinien, âgé de 17 ans, le blessant sérieusement.

L'esplanade des Mosquées est au coeur de l'entreprise diplomatique pour apaiser les esprits.

Symbole national et religieux, elle est située à Jérusalem-Est, partie orientale de Jérusalem annexée et occupée par Israël, et donc au coeur du conflit israélo-palestinien. Elle est administrée par une fondation islamique sous l'égide de la Jordanie mais Israël en contrôle les accès.

Les Palestiniens accusent Israël de vouloir changer les règles (le "statu quo") qui régissent les lieux et, au-delà, diviser l'esplanade entre juifs et musulmans.

Les juifs ont l'autorisation d'y accéder à certaines heures mais y ont l'interdiction de prier.

Israël se défend de tels projets mais devant le caractère potentiellement explosif de violences sur l'esplanade, la police en a interdit l'accès aux hommes palestiniens (moins de 40 ans ou moins de 50 ans) tous les vendredis depuis mi-septembre, à l'exception d'une fois pendant une fête religieuse.

bur-lal/iw

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