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23/10/2015 04:45 EDT | Actualisé 23/10/2016 01:12 EDT

Elections locales: les Ukrainiens s'apprêtent à juger le bilan de Porochenko

Les Ukrainiens élisent dimanche leurs maires et conseils municipaux dans un scrutin test pour le président prooccidental Petro Porochenko, en perte de vitesse pour sa gestion du conflit armé dans l'Est séparatiste prorusse et l'absence de mise en oeuvre des réformes promises.

Les élections locales n'auront pas lieu dans les territoires contrôlés par les rebelles dans la zone de conflit où plus de 8.000 personnes ont été tuées en dix-huit mois.

Les combats y ont quasiment cessé depuis septembre, mais le processus de paix, parrainé par les Européens, est encore dans un état embryonnaire. Si les uns reprochent au président ukrainien de ne pas avoir tenu sa promesse de mettre un terme à la guerre "trois mois après" son élection en mai 2014, d'autres jugent qu'il a accepté des concessions humiliantes faites aux séparatistes, soutenus par le Kremlin.

Les représentants de l'ancien régime du président prorusse Viktor Ianoukovitch, déchu en février 2014 après trois mois de contestation proeuropéenne réprimée dans le sang sur le Maïdan, pourraient réaliser une percée dans les régions russophones clé comme celles de Kharkiv et de Dnipropetrovsk, frontalières de la zone de conflit, ainsi qu'à Odessa sur les bord de la mer Noire, préviennent les analystes.

- 'Ne pas laisser Poutine détruire l'Ukraine' -

"Nous avons besoin d'une coalition internationale pour soutenir l'Ukraine, mais encore plus d'une coalition interne qui rendra impossible le plan de Poutine de détruire l'Ukraine de l'intérieur", a lancé mercredi M. Porochenko. Le but de ces élections locales est de créer "une coalition pro-ukrainienne dans chaque ville, dans chaque village".

Signe que les enjeux vont bien au-delà de la collecte des ordures et autres problèmes municipaux, la plupart des 132 partis qui se présentent promettent des changements qui relèvent de la compétence du gouvernement et du Parlement comme la hausse des retraites, la baisse des tarifs de gaz et d'électricité ou même... l'adhésion à l'Otan.

L'opposition prorusse mais aussi le parti Batkivchtchina de l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko faisant partie de la coalition gouvernementale jouent sur la déception des Ukrainiens frappés de plein fouet par la crise économique et exposés à des hausses de tarifs imposés par les bailleurs de fonds occidentaux.

Et leurs slogans populistes semblent tomber sur un terrain fertile.

"La coalition gouvernementale qui avait obtenu 70% des voix aux dernières législatives il y a un an est aujourd'hui créditée de 45%, avec seulement 21% pour son noyau - le Bloc Petro Porochenko et le Front populaire" du Premier ministre Arseni Iatseniouk, selon un sondage. 71% désapprouvent l'action du président, élu avec 54,7% des voix il y a moins de deux ans.

Le parti de M. Iatseniouk crédité de moins de 2% des intentions de vote ne prend d'ailleurs pas part aux élections de dimanche.

Pour Anatoli Oktyssiouk, analyste du centre international des Etudes politiques à Kiev, les élections vont être suivies de "remaniements au sein du gouvernement".

Si les membres de Batkivchtchina de Ioulia Timochenko ou Samopomitch du maire de Lviv Andriï Sadovyï obtiennent "des résultats spectaculaires", cela pourrait contribuer "à l'érosion de la coalition et à des remaniements ministériels", et même provoquer des élections anticipées, renchérit un autre analyste ukrainien, Vadim Karassev.

Les experts mettent aussi en garde contre la poussée du Bloc d'opposition, héritier du Parti des régions de Ianoukovitch dans les régions du Sud-Est où le pouvoir "n'a proposé ni candidats forts, ni politique efficace", selon M. Oktyssiouk. "Après ces élections, certains conseils municipaux pourraient échapper au contrôle du pouvoir".

A Kharkiv, grande ville industrielle de 1,5 million d'habitants, frontalière de l'Est rebelle, le maire sortant controversé Guennadi Kernes, ex-allié de Viktor Ianoukovitch poursuivi pour enlèvements et tortures contre des manifestants proeuropéens, a toutes les chances d'être réélu. Il a face à lui un homme d'affaires inconnu qui représente le Bloc Porochenko.

A Odessa, la bataille se déroule entre le maire sortant Guennadi Troukhanov, qui avait soutenu les protestations prorusses, et Sacha Borovik, un Allemand d'origine ukrainienne diplômé de Harvard et ex-juriste de Microsoft qui a récemment obtenu la nationalité ukrainienne.

Ce dernier, soutenu par le président Porochenko et le gouverneur de la région d'Odessa Mikheïl Saakachvili, ex-président géorgien réformateur, a brièvement été vice-ministre de l'Economie avant de quitter le gouvernement dont il a dénoncé l'incompétence.

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