POLITIQUE
22/10/2015 09:22 EDT | Actualisé 22/10/2015 09:25 EDT

Israël observe l'élection de Justin Trudeau avec scepticisme (VIDÉO)

La fin de l’ère Harper marque un changement d’attitude drastique dans l’attitude du Canada à l’international et dans le conflit israélo-palestinien. Un virement de situation qui ne plait pas à tous.

L’ancien ambassadeur d’Israël au Canada, Alan Baker, se dit « très préoccupé » par l’élection du gouvernement libéral de Justin Trudeau.

« Trudeau n’a démontré aucune indication de la compréhension démontrée par Harper, dès le départ, concernant Israël et les questions de principe entre nos deux pays », a-t-il écrit par courriel.

Alan Baker craint que le Canada revienne à sa « position pré-Harper » et arbore une vision hostile envers Israël, à l’instar de l’Union européenne, dit-il.

« Lui et les idéologistes libéraux qui le guident ne semblent pas avoir le même courage politique que Harper a démontré de façon consistante », critique le diplomate de 2004 à 2008.

De l’autre côté des frontières, la réaction est tout autre. En direct de Ramallah, le directeur de l’organisme des droits humains Al-Haq, Shawan Jabarin, jubile à l’idée que la « bande de gens fous » ne dirige plus le Canada.

« En Palestine, nous disions que vous étiez plus extrémiste que tous les autres extrémistes! » s’exclame-t-il à l’autre bout du fil.

Shawan Jabarin est un dirigeant de l’organisation Human Rights Watch. Mais la Cour suprême en Israël lui a interdit de séjourner dans le pays, sous prétexte qu’il a appartenu au Front populaire de libération de la Palestine dans ses jeunes années.

À son avis, le gouvernement Harper ne travaillait pas dans l’intérêt des Canadiens et aurait « endommagé » la réputation du pays avec ses positions belliqueuses. Mais tout cela pourrait changer avec l’élection d’un gouvernement libéral.

« Je crois que Justin est un homme bien. J’ai bon espoir que le Canada regagnera sa place à l’international. »

Le fondateur du Centre Israël-Palestine pour la recherche et l’information, Gershon Baskin, se dit quant à lui heureux que Stephen Harper ait été évincé. À son avis, ce n’est pas en soutenant aveuglément le gouvernement Netanyahu que le Canada sera un « ami d’Israël ».

Changement de garde

Les libéraux de Justin Trudeau ont été dépeints par leurs adversaires conservateurs comme « antisémites » et « contre Israël » pendant la longue campagne électorale.

Le candidat dans Mont-Royal Robert Libman, par exemple, a accusé Justin Trudeau d’arborer des opinions hostiles à Israël en raison de son frère Alexandre, qui a réalisé un documentaire sur les armes nucléaires de l’Iran.

Selon le député de NDG-Westmount Marc Garneau, pressenti pour devenir ministre des Affaires étrangères, le Parti libéral a toujours défendu le droit à Israël d’être un pays.

« On le fait depuis 1948, depuis que le pays a été créé. On a toujours été en faveur d’une solution qui reconnaît la souveraineté de l’Israël, mais qui créerait également un pays souverain, la Palestine », a-t-il dit en entrevue avec le HuffPost quelques jours avant sa réélection.

Il n’a pas voulu commenter les accusations des conservateurs, se contentant de dire que la position du Parti libéral du Canada est « claire ». Le parti souhaite une solution à deux États, sans préciser quelles en seraient les frontières.

Justin Trudeau a déjà déclaré que le Canada resterait un ami proche d’Israël. Il a aussi reconnu que le Hamas était une organisation terroriste et que l’État d’Israël avait le droit de se protéger.

Mais le premier ministre désigné a bien vite affiché ses couleurs pour que le Canada change de ton sur la scène internationale, en annonçant au président américain Barack Obama que les frappes canadiennes contre l’État islamique cesseraient.

Difficile donc de prédire si la relation entre le Canada et Israël changera de sitôt. Une chose est certaine : l’administration Harper était « l’équipe de rêve » du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Suivez-nous sur Twitter

INOLTRE SU HUFFPOST