POLITIQUE
21/10/2015 08:32 EDT | Actualisé 21/10/2015 08:33 EDT

Un homme qui a tenu la main du caporal Nathan Cirillo, il y a un an, témoigne

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Martin Magnan se rappelle très bien où il était il y a un an, lorsque Michael Zehaf Bibeau a semé la terreur à Ottawa: il tenait la main du caporal Nathan Cirillo, abattu par le sympathisant djihadiste au pied du Monument commémoratif de guerre, où le réserviste assurait la garde d'honneur. Et où il a rendu l'âme.

M. Magnan, alors conseiller médias au ministère de la Défense, se rendait à une réunion lorsque Zehaf Bibeau a surgi de l'arrière du monument pour abattre le caporal Cirillo, avant de se diriger vers le parlement, où il sera tué un peu plus tard. Avec cinq autres personnes, M. Magnan a alors risqué sa vie pour porter secours à la victime. Et c'est lui qui a tenu la main du militaire abattu jusqu'à son dernier souffle _ une scène qui ne s'oublie pas.

"Vous savez, j'ai des enfants, a-t-il raconté mercredi en entrevue à La Presse Canadienne. À ce moment précis, lorsque je lui ai pris la main, je me suis dit: si jamais quelque-chose de semblable arrivait à un de mes enfants, j'espère vraiment qu'un étranger tiendrait sa main au moment de passer dans l'au-delà."

Après l'arrivée des ambulanciers, M. Magnan s'est assis sur le bord de la Tombe du soldat inconnu, et il se rappelle avoir levé les yeux vers les visages des statues.

"Je vois les ambulanciers emporter le corps de Nathan, puis les gens se dispersent (...) et mes mains se mettent à trembler. J'ai un peu froid, et je regarde ces visages de pierre. Puis je lève les yeux plus haut, et je vois le bout de la statue: c'est probablement le moment le plus glacial de toute ma vie. Le moment où je me suis senti le plus seul."

Puis, tous ceux qui avaient porté secours au caporal Cirillo ont été emmenés au poste de police d'Ottawa pour interrogatoire. M. Magnan a été l'un des derniers à raconter sa version des faits aux enquêteurs, et lorsqu'il est sorti, il a croisé des témoins d'un autre drame, dont il n'était pas du tout au courant: la terrifiante irruption au parlement de Michael Zehaf Bibeau. Il a alors compris que celui qu'il avait vu abattre le caporal Cirillo s'était ensuite dirigé vers le siège du gouvernement.

Aujourd'hui âgé de 47 ans, M. Magnan, qui est devenu par la suite attaché de presse du ministre sortant des Anciens Combattants, Erin O'Toole, explique que le drame lui a permis de comprendre un peu ce que vivent les soldats qui perdent un camarade. Et même s'il repense souvent au caporal Cirillo, c'est le retour du temps frais qui a remué ses souvenirs.

"Cette expérience m'a transformé. Je crois que je suis une meilleure personne, aujourd'hui. J'ai beaucoup plus de compassion", dit-il, notamment pour les anciens combattants qui souffrent de stress post-traumatique.

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