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«Ils étaient tous mes fils» chez Duceppe: Benoit McGinnis au cœur d'une tragédie familiale (ENTREVUE/VIDÉO)

Présent quotidiennement à la télé dans 30 Vies et chouchou du milieu théâtral depuis une décennie, Benoit McGinnis a eu le privilège de suggérer aux dirigeants chez Duceppe une pièce qu’il aimerait particulièrement jouer dans le futur. Enthousiaste et conscient de sa chance, le comédien s’est tourné vers un drame familial de l’après-guerre écrit par Arthur Miller: Ils étaient tous mes fils.

Malgré les succès qui s’enchaînent, les critiques dithyrambiques qui s’accumulent et les grands rôles qui se succèdent (Hamlet, Le roi se meurt, Being at home with Claude, etc.) depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre en 2001, le comédien est toujours humble en entrevue.

On se surprend d’ailleurs à l’entendre dire qu’il profite de sa chance, avant que le vent tourne. « Je suis très heureux de la relation que j’aie avec les dirigeants chez Duceppe ou au TNM, avec qui je discute de projets que j’ai envie de jouer, mais je garde en tête que ça ne durera peut-être pas. Tout passe, les modes et les acteurs. Dans quelques années, les directions des théâtres peuvent changer et ça va peut-être s’arrêter pour moi. J’essaie donc de profiter du petit boom actuellement. »

Quand est venu le temps de choisir la pièce qu’il allait proposer à Louise Duceppe, McGinnis a consulté le metteur en scène Frédéric Dubois, pour savoir ce qu’il aimerait voir sur scène. Instinctivement, celui-ci a suggéré Ils étaient tous mes fils, qu’il avait vue à New York.

« Lorsque j’ai lu la pièce, j’ai vite compris que ce serait parfait pour Duceppe, qui a une longue tradition avec Arthur Miller, un auteur qu’apprécie beaucoup Michel Dumont, le directeur artistique du théâtre. Et le public chez Duceppe aime les histoires de famille. »

Si le choix semblait évident d’emblée, la partition dramaturgique s’est avérée bien moins simple d’approche qu’il ne l’aurait cru.

« Au premier abord, on a l’impression que cet univers nous est aussi accessible et familier que celui de Michel Tremblay ou de Serge Boucher. Mais quand on plonge dans le travail, on réalise à quel point c’est dense. Il y a beaucoup de couches et de sous-textes. »

« Même si on assiste à une histoire de famille qui se passe dans une cour, c’est quasiment une tragédie grecque dans sa construction. Plus on la lit et plus on répète, plus on découvre des affaires. Pour moi, c’est le signe qu’une pièce est vraiment bien écrite et la raison pour laquelle elle traverse le temps. »

«Ils étaient tous mes fils» chez Duceppe

Présentée pour la première fois sur Broadway en 1947, la pièce s’intéresse aux Keller, une famille profondément troublée par la disparition d’un des garçons, Larry, durant la guerre. Le clan, riche et réputé, tente de sauver sa réputation, peu de temps après que Joe, le patriarche, ait été blanchi d’une accusation de négligence criminelle, après avoir vendu des pièces d’avions défectueuses ayant causé la mort de 21 soldats américains.

De surcroit, Kate, la mère, refuse l’idée que son fils soit mort, alors qu’un autre de ses fils (interprété par McGinnis) veut marier Annie, l’ancienne copine du frangin disparu. Copine dont le père, et partenaire de Joe, croupit en prison…

Alors que le quotidien des Keller semble normal, un vocal se prépare à éclater. « Les membres de la famille ont continué leur vie normalement, car le père avait été déclaré non-coupable, mais il n’est peut-être pas aussi innocent que ça… Certaines révélations vont troubler tout le monde. Les parents disent aux voisins que tout était beau, que tout était réglé, car ils ne voulaient pas retourner là-dedans. Sauf que tout va dégringoler. »

Arthur Miller, qui a été joué à maintes reprises chez Duceppe (La mort d’un commis voyageur, Le Prix, Vu du pont, Les Sorcières de Salem), offre une critique du rêve américain et l’illustration de son déclin. « Mon personnage veut s’émanciper, réaliser ses rêves et suivre son chemin, mais il réalise que même s’il est plein d’aspirations et qu’il se bat de toutes ses forces, ses projets ne se concrétiseront peut-être pas. »

Pour le père et la mère, se sera carrément la fin du rêve. « Quand le fond de l’histoire sera révélé, leur vie sera finie. »

Ayant lui-même grandi durant la Grande Dépression (il aurait fêté son 100e anniversaire de naissance le 17 octobre dernier), l’auteur américain décrit la désillusion et le climat socio-économique qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale, en abordant les thèmes de la famille, de la lâcheté et des responsabilités individuelles et collectives.

La pièce Ils étaient tous mes fils sera présentée chez Duceppe du 28 octobre au 5 décembre 2015. Cliquez ici pour plus de détails.

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