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Pour les fermiers, la fin de l'ère Kirchner est un soulagement

Les Berdini, fermiers de la Pampa, sont comme la majorité des agriculteurs remontés contre le gouvernement, sa fiscalité, et espèrent que le futur président mènera une politique plus favorable à ce secteur-clé de la 3e économie d'Amérique latine.

Dimanche, ces cultivateurs de blé et de soja comptent sanctionner dans les urnes le candidat soutenu par la présidente de gauche Cristina Kirchner, Daniel Scioli.

Scioli comme le conservateur Mauricio Macri ou le dissident kirchnériste Sergio Massa se présentent comme amis des agriculteurs et promettent de leur donner les moyens de se développer.

Les Berdini, petits-enfants d'immigrés italiens, ont installé leur exploitation dans les plaines fertiles près du port agro-industriel de Ramallo, à 200 km de Buenos Aires. Ils possèdent 77 hectares et en louent 600.

Né à Ramallo, Daniel Berdini, 55 ans, assure que "la majorité des fermiers votera contre le gouvernement. Il y a une incertitude teintée d'espoir", dit-il.

Il peste contre le prix du diesel, des fertilisants et des pesticides qui se sont envolés, et des rétentions fiscales imposées par l'Etat sur les exportations.

L'agriculture est un pilier de l'économie argentine et première source de devises. Chaque année, les exportations font entrer 30 milliards de dollars dans les caisses de l'Etat sud-américain.

L'Argentine est le premier exportateur mondial d'huile et de farine de soja, le 4e de maïs.

L'Argentine s'était imposée voici un siècle comme grenier de l'Europe en guerre et grand pays d'élevage. Au cours des 20 dernières années, l'élevage a perdu du terrain face au soja, avec un rendement à l'hectare imbattable.

La maison de Daniel Berdini surplombe des champs de blé verdoyants. En ce printemps austral, un vent frais souffle du Rio Parana, qui se jette 300 km en aval dans l'Atlantique. Les énormes machines agricoles et les tracteurs sont rangées sous un hangar.

On compte en Argentine environ 85.000 producteurs agricoles pour un pays de 41 millions d'habitants.

"Le ralentissement de la demande chinoise a fait baisser les cours" des céréales et du soja, relève Dante Sica, de l'institut économique Abeceb.

Le prix de la tonne de soja est passé de 500 à 330 dollars en l'espace de trois ans, un coup dur pour les producteurs latino-américains.

Pour Adrian Seltzer, du courtier en grains Granar, "avec la pression fiscale actuelle, le soja n'est plus rentable".

En 2008, les fermiers ont mené un grand mouvement de protestation alors que le gouvernement Kirchner menaçait d'augmenter la taxation. Pendant plusieurs mois, le pays a été partiellement paralysé, les routes coupées. Le gouvernement a finalement dû faire marche arrière face à la mobilisation.

La semaine dernière, des agriculteurs, dont M. Berdini, ont manifesté en plein centre de Buenos Aires. Ils ont érigé un marché factice de fruits et légumes, avec des écriteaux indiquant le prix versé aux producteurs. Le kilo de pommes était affiché à un peso, alors qu'il est vendu dans le commerce à environ 25 pesos (2,5 euros).

"Le gouvernement, avec sa pression fiscale, a affaibli les économies rurales. Faute de pouvoir vendre à bon prix, certains producteurs ont laissé pourrir pommes et poire sur l'arbre", se désole M. Berdini.

Aux antipodes des Berdini, à la tête d'une grande exploitation, les Sardi saluent la politique du gouvernement Kirchner qui leur a permis d'obtenir un prêt d'une banque publique pour acheter 60 hectares et construire un silo a grains.

Oscar Sardi, 63 ans, cultive du soja à Laplacette, un village près de la ville de Junin, toujours au coeur de la Pampa.

Le gouvernement prélève des taxes, dit-il, et les "redistribue à des petits producteurs. A ceux qui produisent moins de 1.000 tonnes par an. Je suis d'accord pour être taxé si ça va ensuite à l'éducation, à la santé, pour les routes et les ponts" de cette région souvent victimes d'inondations.

dm/pb/jr

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