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Défaite des conservateurs : un jour historique, dit Adil Charkaoui

«C’est un jour historique pour les Québécois et les Canadiens, lance Adil Charkaoui à l’autre bout du fil, au lendemain de la victoire des libéraux de Justin Trudeau. Le Québec est de retour au pouvoir à Ottawa.»

Demeuré discret au cours de la plus longue campagne électorale fédérale de l'histoire du Canada, le porte-parole du Collectif québécois contre l'islamophobie s’est dit satisfait de la tournure des élections, marquée par la défaite du premier ministre Stephen Harper.

«C’est un retour vers la tradition canadienne, la tradition Pearsonienne, affirme-t-il en référence à l'ancien premier ministre du Canada, Lester B. Pearson. C’est la tradition des Casques bleus, celle du Canada qui est pour une paix dans le monde, pour une justice internationale.»

«Le virage militariste, la politique étrangère belliqueuse de Stephen Harper, cette instrumentalisation de la peur, cette division des Canadiens, tout ça a été rejeté en masse», détaille celui que le gouvernement canadien a tenté de renvoyer au Maroc, son pays d’origine, au début des années 2000. Il était alors suspecté d’être lié à l’organisation Al-Qaïda – des faits qui n’ont jamais pu être prouvés puisque l’avocate de Charkaoui a fait invalider les deux certificats de sécurité qui pesaient contre son client entre 2007 et 2009.

Le nom d’Adil Charkaoui est revenu à l’avant-plan en février 2015 après que de nombreux médias eurent révélé que l’imam aurait pu avoir des contacts avec des étudiants montréalais soupçonnés de s'être rendus en Syrie pour joindre le groupe armé État islamique.

En 2003, rappelons que M. Charkaoui avait séjourné en détention préventive et devait porter un bracelet électronique. En 2009, il signait une victoire devant la Cour suprême et demandait alors au gouvernement Harper des excuses officielles. L’année suivante, il intentait une poursuite de 26 millions de dollars contre le même gouvernement.

«Au Collectif québécois, nous n’avons pas appuyé un parti, rappelle le citoyen canadien qui a suivi la soirée électorale hier en compagnie des membres du collectif. Nous avons demandé aux électeurs, à la communauté musulmane, de voter stratégiquement contre les conservateurs.»

Selon M. Charkaoui, la victoire des libéraux est due à son chef, qui a su illustrer, dit-il, un vent de changement qui coïncide avec les valeurs des Canadiens. À l’inverse, il croit que la défaite du parti de Stephen Harper est une belle illustration du fait que «les conservateurs ne se souciaient pas des droits des minorités».

Criminaliser l’islamophobie

Le Collectif québécois contre l'islamophobie souhaite à présent que les promesses libérales se concrétisent. «Les libéraux ont promis des modifications majeures [au projet de loi C-51], donc on s’attend à ce qu’il y ait des changements », explique le porte-parole qui rappelle que la position du regroupement est l’abolition totale du controversé projet de loi. Adopté par la Chambre des communes en mai dernier, celui-ci vient étendre les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

«M. Trudeau est le descendant d’un père qui nous a donné et légué la Charte des droits et libertés, et dans la question des droits des minorités, celle-ci a toujours été un carrefour contre les injustices.»

Ainsi, le regroupement demande au nouveau gouvernement de mettre en place une loi qui criminaliserait l’islamophobie.

«Dans le Code criminel canadien, il existe une loi qui criminalise les propos et les actes haineux, affirme le président du Centre communautaire islamique de l’est de Montréal. On aimerait qu’il y ait une précision pour les fonctionnaires, pour les forces de l’ordre, pour qu’il y ait plus de sensibilité à la question de l’islamophobie comme c’est le cas avec l’antisémitisme.»

Et sur la question de la Palestine, enjeu important pour le collectif, Charkaoui attend du gouvernement libéral un retour à la position «traditionnelle» du pays. «Le peuple palestinien lutte depuis longtemps pour son indépendance. On s’attend à ce que le Canada revienne à sa position de l’époque d'avant Paul Martin, lorsqu’il était un pays neutre et qu’il appuyait les droits des Palestiniens.»

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