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Congo: les opposants au 3e mandat de Sassou interdits de manifester, au moins huit blessés

Huit personnes au moins ont été blessées mardi à Brazzaville lors de heurts entre forces de l'ordre et opposants empêchés par le pouvoir de manifester contre le référendum constitutionnel de dimanche, qui pourrait permettre au président congolais Denis Sassou Nguesso de se représenter en 2016.

En visite à Kinshasa, sur la rive opposée du fleuve Congo, la sous-secrétaire d'État américaine à la sécurité civile, Sarah Sewall, a exhorté "toutes les parties [...] à dialoguer et à renoncer à l'action violente".

L'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a appelé les forces de l'ordre à "s'abstenir de recourir à une force excessive".

La tension est brusquement montée en début de matinée dans les quartiers sud et ouest de la capitale congolaise après l'annonce publique de l'interdiction d'un rassemblement contre le référendum annoncé pour le début de l'après-midi par une opposition ayant appelé à la "désobéissance civile" à partir de mardi.

Alors que partout dans la ville, la quasi totalité des magasins, écoles et administrations sont restés fermés, des jeunes sont sortis dans la rue en incendiant des pneus à Makélékélé et Bacongo - deux quartiers du sud de la capitale réputés proches de l'opposition - ainsi que dans des quartiers ouest.

La police a ouvert le feu à plusieurs reprises. Selon des sources médicales, cinq personnes ont été blessées grièvement par balles et deux autres par des éclats de grenades lacrymogènes.

Un journaliste de l'AFP a vu un huitième blessé, touché par une balle à l'abdomen, au moment de son admission à l'hôpital de Makélékélé.

Le commissariat du quartier a été détruit par un incendie. Selon des témoins, deux autres commissariats ont été incendiés. Le calme est revenu dans l'après-midi. Vers 17H30 (16H30 GMT) une centaine de partisans du oui au référendum ont manifesté dans le centre de Brazzaville.

Toute la journée, l'internet mobile, les services de SMS et le signal de la radio française RFI - une des stations les plus écoutées dans le pays - sont restés coupés à Brazzaville et à Pointe-Noire, la capitale économique du pays, dans le sud, où des jeunes sont également sortis dans les rues en incendiant des pneus et où des tirs sporadiques d'armes légères ont été entendus.

Depuis l'annonce début octobre du référendum de dimanche, deux coalitions d'opposition dénoncent comme un "coup d'État constitutionnel" cette consultation sur un projet de nouvelle constitution faisant sauter les deux verrous empêchant M. Sassou de briguer un troisième mandat en 2016.

Pascal Tsaty Mabiala, un des principaux animateurs de l'une de ces plate-formes, a déclaré mardi soir à l'AFP : "nous voulons arriver à [...] une insurrection pacifique populaire" pour empêcher la tenue du référendum.

M. Tsaty Mabiala a par ailleurs affirmé que quelques personnes avaient péri sous les balles de la police mardi, ce qu'a démenti le porte-parole du gouvernement congolais, Thierry Moungalla, sur France 24 en dénonçant "une opposition [...] irresponsable" ayant "promis [...] une insurrection généralisée".

Joint par téléphone à Sibiti (250 km à l'ouest de Brazzaville), le ministre des Travaux publics, Émile Ouosso, qui faisait campagne pour le "oui" au référendum a assuré avoir été "pris en otage" pendant près de cinq heures "par des militants opposés au changement de Constitution".

A Gamboma, dans le centre du pays, l'armée a tiré en l'air a plusieurs reprises pour venir à bout de la détermination de plusieurs dizaines de manifestants anti-référendum, selon des témoins.

Âgé de 72 ans cette année, M. Sassou cumule plus de 30 ans à la tête du Congo. Il a dirigé le pays à l'époque du parti unique, de 1979 jusqu'aux élections pluralistes de 1992, qu'il a perdues. Revenu au pouvoir en 1997 à l'issue d'une violente guerre civile, il a été élu président en 2002 et réélu en 2009.

La Constitution de 2002 limite à deux le nombre des mandats que peut exercer un chef de l'État et interdit d'être candidat à la magistrature suprême toute personne âgée de plus de 70 ans. Ces deux dispositions ont été supprimées dans le projet de loi fondamentale devant être soumis au peuple dimanche.

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