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17/10/2015 09:07 EDT | Actualisé 17/10/2016 01:12 EDT

Poursuite du rituel de l'Achoura en Arabie malgré l'attaque antichiite

Les fidèles chiites saoudiens ont affirmé samedi poursuivre les célébrations du deuil chiite de l'Achoura, malgré la mort de cinq des leurs dans une attaque à l'arme automatique revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

La fusillade s'est produite vendredi soir dans un lieu de culte chiite dans la Province orientale, dans l'est de l'Arabie saoudite, où vit la minorité chiite, en pleine célébration de l'Achoura qui culminera le 24 octobre.

Selon un communiqué du ministère de l'Intérieur, "cinq citoyens ont été tués, dont une femme, et neuf ont été blessés" dans la dernière attaque en date à viser la communauté chiite du pays.

Un homme portant une arme automatique "a commencé à tirer au hasard" dans une husseiniya à Saihat, près de la ville de Qatif (est), d'après ce communiqué. La police est intervenue et a ouvert le feu, tuant l'assaillant, a indiqué le ministère, ajoutant qu'une enquête était en cours.

Jaafar al-Abbad, l'oncle de la femme tuée, a indiqué samedi à l'AFP que la famille "est fière que sa fille (Boutheina, 22 ans) soit morte en martyre au nom de ses croyances".

"Elle allait être diplômée en médecine. Elle est morte en martyre et c'est encore mieux", a-t-il affirmé, ajoutant que les gens se pressaient pour féliciter ses parents.

Un groupe se présentant comme la "Province de Bahreïn" de l'EI a revendiqué l'attaque dans un communiqué en prévenant que "les infidèles ne seront pas en sécurité dans la péninsule de Mahomet (ndlr, la péninsule arabique)".

"Il s'agit du premier communiqué de cette nouvelle section de l'EI dans la péninsule arabique", a indiqué à l'AFP Romain Caillet, chercheur sur les questions islamiques.

"L'EI semble s'appuyer sur un nom médiéval (Bahreïn) donné à une grande partie de l'est de l'Arabie et des parties du Bahreïn actuel", dit-il. Selon lui, ceci va dans la logique de l'EI qui entend redécouper les frontières dont celles des régions du Golfe.

De telles attaques "ne nous empêcheront pas de poursuivre nos rituels", a assuré M. Abbad.

Un témoin de l'attaque, Ali al-Bahrani, a raconté qu'"un homme a commencé à tirer dans tous les sens sur les personnes qui assistaient au prêche" dans la husseiniya.

- 'Cadre de papier' -

"Nous demandons davantage de protection et une loi qui criminalise le sectarisme. Nous vivons dans un cadre de papier qui peut prendre le feu à tout moment", a dit à l'AFP une militante et résidente de la Province orientale, Nassema al-Sada.

Plusieurs attaques antichiites ont été perpétrées en Arabie saoudite depuis l'an dernier.

En mai, l'EI a revendiqué deux attentats suicide contre des chiites qui ont fait 25 morts dans la Province orientale. Le groupe jihadiste sunnite, qui considère les chiites comme des "hérétiques", avait également revendiqué en juillet une attaque qui avait fait deux blessés à Ryad.

Durant les festivités de l'Achoura en novembre 2014, un homme avait tué par balles sept fidèles chiites, dont des enfants, à Al-Dalwa (est). Le ministère de l'Intérieur avait alors attribué l'attaque à des suspects liés au groupe EI.

L'Arabie saoudite, poids lourd régional, fait partie de la coalition dirigée par Washington pour combattre l'EI en Irak et en Syrie.

Le royaume a multiplié ces derniers mois les arrestations d'extrémistes sunnites soupçonnés de planifier des attaques pour "attiser les tensions confessionnelles" et a renforcé la sécurité autour des lieux de culte chiites.

En mai, le roi Salmane était monté au créneau pour affirmer que son gouvernement sévirait contre les auteurs ou commanditaires de telles attaques. Les autorités avaient par ailleurs annoncé en juillet le démantèlement d'une organisation liée à l'EI et l'arrestation de 431 suspects, en majorité saoudiens.

Vendredi, le grand mufti Abdelaziz Al-Cheikh, la plus haute autorité religieuse sunnite d'Arabie saoudite, a désigné l'EI comme ennemi de l'islam.

"La réalité est (...) qu'ils détruisent l'islam", a-t-il déclaré lors de la prière hebdomadaire dans la mosquée Imam Turki à Ryad. "Leur croyance n'est que mensonge".

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