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16/10/2015 23:24 EDT | Actualisé 16/10/2016 01:12 EDT

Mexique: un docudrama sur les 43 étudiants disparus fait polémique

Avant même sa sortie en salle, un docudrama retraçant la disparition des 43 élèves-enseignants d'Ayotzinapa fait polémique au Mexique.

Des survivants reprochent à "La Noche de Iguala" (La Nuit d'Iguala) d'exploiter cette tragédie et présenter les étudiants disparus comme des criminels.

Une pétition a été lancée pour tenter d'empêcher la sortie de ce film vendredi, dans 30 salles de la capitale, relayée par plusieurs éditorialistes.

Son scénariste et co-réalisateur, le journaliste Jorge Fernandez Menendez, défend son film en indiquant qu'il fait apparaître une "vérité inconfortable".

La bande-annonce montre la reconstitution de cette tragédie survenue le 26 septembre 2014, lorsque des étudiants ont été attaqués par la police municipale d'Iguala en lien avec le cartel de drogue des Guerreros Unidos.

On y voit notamment un des tueurs accuser ses victimes d'appartenir à un gang rival, dans cet Etat du Guerrero (sud) déchiré par les luttes en bandes criminelles. Une autre scène montre les corps empilés puis brûlés dans une décharge.

Des enquêteurs indépendants et les parents des étudiants ont rejeté les conclusions du gouvernement selon lesquelles ces étudiants ont été tués et incinérés dans une décharge par ce cartel de la drogue qui les aurait confondus avec le cartel rival des Rojos.

Omar Garcia, un des survivants de l'attaque, a appelé au boycott de ce docudrama.

Ce film "fait partie d'une campagne pour nous dénigrer et appuyer la version du gouvernement" indique-t-il à l'AFP.

"L'enquête doit continuer pour déboucher sur la vérité" estime Garcia, condamnant cette "nouvelle tentative de manipulation" de la part du gouvernement.

"C'est un manque total de respect car les réalisateurs à aucun moment n'ont pris la peine de nous contacter ou de contacter les parents" des étudiants pour savoir s'ils étaient d'accord d'être représentés par des acteurs dans le film.

Juan Jesus Montes, qui fait partie des 200 acteurs qui ont participé au casting, n'a appris qu'au premier jour de tournage le sujet du film auquel il participait.

Cet acteur de 34 ans incarne un personnage de fiction, surnommé "El Flaco", qui accuse un autre étudiant d'être un narcotrafiquant.

"Je suis un acteur. J'y suis allé pour jouer, rien de plus. Sachant que c'est un sujet délicat, je l'ai fait avec respect et j'ai commencé à consulter toute l'information disponible (sur l'affaire)", explique-t-il.

L'acteur, qui est apparu dans plusieurs télénovelas, indique qu'il se sent désormais "entre le marteau et l'enclume".

- 'Vérité historique, alternative, ou inconfortable'-

Menendez explique qu'il a décidé d'utiliser des acteurs car il n'existe pas d'images des "moments clés" du drame.

"C'est pourquoi nous avons décidé de recréer (certaines scènes) et les dramatiser", a-t-il expliqué sur Radio Formula, ajoutant que l'autre moitié du film prend l'aspect d'un documentaire classique.

Il reconnaît que son film donne une version des faits proche de la version officielle des autorités judiciaires, qui, il y a quelques mois, avaient considéré que l'enquête avait permis d'établir la "vérité historique" sur cette tragédie.

Ce film "n'est ni une vérité historique, ni une vérité alternative. C'est une vérité inconfortable", commente le co-réalisateur.

L'affaire d'Iguala a inspiré également plusieurs ouvrages, et même une bande dessinée intitulée "Vivos se los Llevaron" (Ils les ont emmenés vivants).

Mardi prochain, un autre documentaire sur l'affaire sera diffusé au Mexique, "Mirar Morir" (Regarder mourir), qui se concentre sur le rôle de l'armée au cours du drame.

csc/lth/se/jr