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17/10/2015 00:15 EDT | Actualisé 16/10/2016 01:12 EDT

Le Togo sevré de foot par une crise sans fin

"Je suis obligé de faire le tour des petits stades de quartier pour regarder des matches", se désespère le sélectionneur Tom Saintfiet: au Togo, les championnats de foot sont au point mort depuis des mois, englués dans une crise qui n'en finit pas.

"Pas facile, dans cette situation, de détecter de nouveaux joueurs", soupire Saintfiet, le sélectionneur belge des Eperviers (surnom donné à la sélection togolaise).

"Nous manquons de compétition et nous régressons. C'est très mauvais pour le Togo qui est une grande nation de football", se lamente de son côté Blaise Kouma, capitaine de l'Etoile Filante, un club de deuxième division.

Au Togo, le ballon ne roule plus dans les grands stades depuis 11 mois: les championnats de D1 et D2 pour la saison 2014/2015 sont bloqués en raison de la crise qui secoue les instances du foot togolais, à commencer par la Fédération (FTF).

Annoncées dans un premier temps pour le 15 mars, ces compétitions ont été déjà reportées plusieurs fois. La dernière reprise en date était programmée pour le 12 septembre dernier. Mais elle a tourné court: la plupart des clubs ont décidé de bouder la compétition pour dénoncer la gestion du "comité de normalisation".

- Fédération mal en point -

Dirigé par l'ancien ministre des sports Antoine Folly, ce comité a été mis en place par la Fifa en décembre 2014 pour remplacer la Fédération, ébranlée par des dissensions internes et une mauvaise gestion. Tous les responsables du bureau de la fédération, y compris son président Gabriel Améyi, avaient alors été remerciés.

Le comité a pour mission de réviser les statuts de la FTF et d'organiser de nouvelles élections au plus tard le 30 novembre.

La structure est aussi chargée de gérer les "affaires courantes". Mais pour la plupart des responsables de clubs, ce comité n'est pas habilité à organiser le championnat.

Pour Kouassi Talon, directeur technique du club Agaza, le championnat "est à terre parce que le comité de normalisation dort. On leur a donné neuf mois, ils n'ont rien fait".

"C'est un faux problème. Ces responsables de clubs font plutôt de petits calculs, dans le seul but de noyer tout le travail que nous abattons", rétorque un membre du comité sous le couvert de l'anonymat. "Certains se cachent derrière cette crise parce qu'ils n'ont pas les ressources financières nécessaires à cette compétition".

Selon des sources proches du comité, un club de première division est appelé à dépenser au moins 60 millions de francs CFA (91.469,41 euros) pour une seule saison. Or, l'Etat togolais et la fédération n'allouent à chaque équipe de D1 qu'une subvention totale de 10 millions de francs CFA (15.244,90 euros).

- 'Ça fait pitié' -

Sevrés de football par cette crise qui n'en finit plus, joueurs, entraîneurs et supporteurs sont obligés de se rabattre sur les petits tournois de quartier.

Celui organisé du 18 au 20 septembre par la télévision Sportive (TLS) au stade d'Agoè, quartier de la banlieue-nord de la capitale Lomé, a attiré plusieurs milliers de supporteurs. Quatre clubs d'élite ont participé à ce petit tournoi.

"Ça fait pitié de voir ces joueurs sur les petits stades. Les membres de la fédération et les responsables des clubs doivent mettre de l'eau dans leur vin pour sortir de cette crise qui a trop duré", lance Adékanmi Olufadé, ancien international togolais.

"Nous sommes fatigués de ces crises à répétition. Le football togolais recule", peste Michel Solatévi, ancien joueur et supporteur, tandis que l'entraîneur Michel Ajavoin crie son "ras-le-bol devant cette crise qui énerve tout le monde".

Elle a également des répercussions sur la sélection nationale. Certains joueurs, dont l'ex-capitaine Emmanuel Adebayor, ont boudé le groupe: le chouchou des supporters togolais a à plusieurs reprises dénoncé la "pagaille" au sein de la fédération.

ek/pr/jr