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17/10/2015 19:48 EDT | Actualisé 17/10/2016 01:12 EDT

Guinée : Condé réélu au 1er tour, l'opposition promet des manifestations pacifiques

Le président guinéen sortant Alpha Condé a été déclaré samedi vainqueur au premier tour de la présidentielle, une réélection contestée par l'opposition, qui compte manifester "le moment venu", mais dans l'immédiat les deux camps affichaient leur volonté d'apaisement.

A l'étonnement de nombreux habitants de la capitale, rentrés chez eux par appréhension des violences post-électorales chroniques en Guinée, un calme relatif régnait samedi soir à Conakry après l'annonce des résultats.

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a proclamé Alpha Condé élu au premier tour avec 57,85% des suffrages exprimés, soit 2.285.827 voix, devant le chef de l'opposition Cellou Dalein Diallo, à 31,44% (1.242.362 voix), les six autres candidats étant totalement distancés.

Dénonçant une fois de plus une "mascarade", M. Diallo a annoncé renoncer à saisir la Cour constitutionnelle, institution dont il conteste l'indépendance, chargée de statuer sur les contentieux électoraux et de valider les résultats définitifs dans les huit jours.

Le chef de l'opposition a toutefois précisé qu'il appellerait, "le moment venu, les autres candidats et tous les citoyens qui sont les vraies victimes de ce hold-up électoral à organiser, conformément à la loi, des manifestations pacifiques".

"En attendant, je demande à tous les Guinéens de faire preuve de retenue et d'éviter toute forme de violence", a-t-il conclu.

Le gouverneur de Conakry a publié un communiqué exhortant la population "à la retenue, à éviter toute manifestation de joie dans la rue, quel que soit le groupe politique, sans autorisation préalable".

De son côté, le parti au pouvoir a appelé, dans un communiqué largement diffusé par les médias, "ses militants à s'abstenir de toute manifestation de joie dans la rue et dans les lieux publics".

Les Guinéens ont voté dans le calme le 11 octobre, mais sous tension, la campagne de M. Condé visant une réélection au premier tour. Une performance jugée par ses adversaires irréalisable sans fraude caractérisée, cinq ans après sa victoire sur le fil au second tour sur Cellou Dalein Diallo.

- 'Electrifier toute la Guinée' -

Le président Condé tablait pour l'emporter sur son bilan : réforme de l'armée et de la justice, achèvement du barrage hydroélectrique de Kaléta, transparence sur l'attribution aux sociétés minières des contrats d'exploitation des précieuses ressources du pays (bauxite, minerai de fer...).

Ses détracteurs l'accusent de mauvaise gestion, lui reprochant notamment son échec face à l'épidémie d'Ebola depuis décembre 2013 - deux nouveaux cas ont été signalés cette semaine, alors que les pays voisins n'en comptent plus aucun - d'autoritarisme et d'attiser les tensions ethniques.

"On s'attendait tous à cela", a confié Harouna Condé, militant du parti au pouvoir. "Il méritait d'être plébiscité encore une fois à la tête de la nation", a-t-il estimé.

L'opposition a incriminé la participation record enregistrée dans les bastions de M. Condé (20 points de plus que la moyenne nationale de 68,36 % dans sa région d'origine), favorisée selon elle par des décisions de la Céni assouplissant les règles de vote en plein scrutin, ainsi que des inégalités géographiques dans la distribution des cartes d'électeur.

Mais elle risque d'avoir du mal à se faire entendre, les recours judiciaires en matière électorale, auxquels l'invite la communauté internationale, n'ayant jamais abouti en Guinée, souligne Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée à l'International Crisis Group (ICG).

"L'opposition peut manifester, mais c'est prendre le risque de susciter des violences", précise-t-il.

"Là où l'opposition ne sait pas bien par quel bout prendre le problème, le pouvoir, pour sa part, n'a qu'à rester discret et il conservera la supériorité morale", explique-t-il.

Le porte-parole du candidat Alpha Condé, Albert Damantang Camara, a déploré l'attitude de l'opposition, affirmant qu'"en Guinée, il n'y a jamais eu de manifestations pacifiques. Donc, continuer à demander aux gens de descendre dans la rue, c'est prendre le risque de faire sombrer le pays dans une situation d'instabilité, de chaos et de violences".

Par ailleurs, la rentrée scolaire, prévue lundi, a été reportée samedi au 2 novembre, le ministère de l'Enseignement, les représentants des parents d'élèves et des enseignants, compte tenu du climat de tension autour des résultats électoraux, jugeant "plus prudent de garder les enfants à la maison", selon un communiqué gouvernemental.

La présidentielle de 2010 et les législatives de 2013 avaient été entachées par des violences et accusations de fraude.

Ancien opposant, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest, dirigée jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

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