POLITIQUE
17/10/2015 10:50 EDT | Actualisé 17/10/2015 10:51 EDT

Appel du coeur: Mulcair veut convaincre les électeurs d'avoir «confiance en eux»

Ryan Remiorz/The Canadian Press

LAC-MÉGANTIC, Qc - À quelques heures du scrutin, Thomas Mulcair croit qu'il ne lui reste plus qu'une chose à faire pour parvenir à gagner le coeur des électeurs: leur donner "confiance en eux-mêmes".

Calé dans un divan de la loge du Musi-Café, cette institution mythique détruite par l'accident ferroviaire de Lac-Mégantic puis reconstruite à neuf, M. Mulcair n'a l'air en rien d'un politicien qui risque une déconfiture.

Souriant, à l'aise, si ce n'est qu'un peu usé par cette interminable campagne qu'il se vante d'avoir commencée avant tout le monde, M. Mulcair martèle en entrevue à La Presse Canadienne que ce sera lui qui formera le gouvernement lundi prochain.

"Rappelez-vous bien de cette conversation-là", lance-t-il, convaincu. "Vous allez vous dire: "je me souviens, on était au Lac Mégantic, et il m'a dit au Musi-Café qu'ils allaient former un gouvernement". Et c'est ça qui va se passer lundi", prédit-il.

Vraie conviction ou show de boucane? Difficile à dire, mais chose certaine, l'homme irradie la confiance.

Et selon M. Mulcair, c'est cette confiance qu'il ne reste plus qu'à communiquer aux électeurs.

ses yeux, les gens font déjà confiance au parti, qu'ils connaissent depuis longtemps. "Mais maintenant, je dois communiquer avec eux afin qu'ils aient confiance en eux, pour le dernier droit lundi, qu'ils sont capables de rompre avec cette mauvaise habitude, qu'ils ne sont pas coincés avec les libéraux ou les conservateurs ad vitam aeternam." Or, une habitude vieille de 148 ans n'est pas si facile à briser.

Après plus de 75 jours de campagne, les dés sont jetés. Les politiques, déjà dévoilées. Les controverses des autres, déjà évoquées. Ce qu'il reste à faire n'est plus qu'un appel du coeur.

En début de campagne, les Canadiens semblaient prêts à lui remettre les clés du 24 Sussex les yeux fermés. Mais voilà, sa position sur le port du niqab a déplu et il s'est fait damer le pion de la figure du "changement" par son adversaire libéral.

C'est pour cela que la démission de Daniel Gagnier, qui faisait du lobbying pour TransCanada en même temps qu'il coprésidait la campagne de Justin Trudeau, est arrivée comme une bouée de sauvetage pour la campagne néo-démocrate. Enfin, le NPD avait la chance de prétendre que Parti libéral n'avait finalement pas changé.

"Ce qu'on a appris au cours des derniers jours, c'est que Justin Trudeau est juste le nouveau visage du même vieux Parti libéral. C'est la même gang qui tire toujours les ficelles en arrière", soutient-il en entrevue.

La question du sens éthique, très présente en début de campagne avec le procès de l'ex-sénateur conservateur Mike Duffy, un dossier que M. Mulcair maîtrise, revient finalement sur le tapis. Il s'agit de "la clé" des derniers jours de campagne, juge M. Mulcair.

On saura lundi si ce dossier sera suffisant pour faire mentir les sondages, qui le placent actuellement bon troisième, derrière Justin Trudeau et Stephen Harper.

Si les dernières semaines ont été difficiles pour les néo-démocrates, c'est aussi parce que les libéraux sont allés jouer dans leurs platebandes traditionnellement progressistes. Le fait que M. Trudeau _ contrairement à M. Mulcair _ ne promette pas le retour à l'équilibre budgétaire l'an prochain s'il est élu est venu brouiller les cartes.

"La plus importante inégalité aujourd'hui, c'est entre les générations", plaide M. Mulcair.

"Notre approche, c'est de veiller à ce que le gouvernement assume aujourd'hui les obligations au fur et à mesure. La vieille façon de faire, c'est de laisser une dette économique sociale et environnementale sur le dos des générations futures. Ça, c'est l'approche de Justin Trudeau."

M. Mulcair est prompt à énumérer toutes les raisons pour lesquelles il croit que M. Trudeau n'est pas un progressiste: son vote en faveur de C-51, son approbation du projet de pipeline Keystone XL, l'absence de cibles de réduction des gaz à effet de serre dans sa plateforme, sa position contre la hausse des impôts des grandes compagnies.

Justin Trudeau est un adversaire coriace parce qu'il se bat sur un terrain où M. Mulcair n'a pas l'habitude de s'avancer, mélangeant, aux côtés de sa photogénique famille, vie publique et vie privée. D'abord réticent à franchir ce cap, M. Mulcair a fini par s'y résoudre. le voir s'amuser mercredi dans un labyrinthe de ballots de foin avec ses petits-enfants Juliette et Raphaël, il semble finalement s'y adonner de bon coeur.

Qu'a-t-il appris au cours de cette longue campagne? "Je pense que la chose la plus importante que j'ai apprise est que vous devez rester fidèle à vous-même, à vos idéaux, et vous devez garder un même message cohérent."

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