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17/10/2015 12:02 EDT | Actualisé 17/10/2016 01:12 EDT

Allemagne: Pegida souffle sa première bougie, revigoré par la crise des réfugiés

Un temps moribond, le mouvement islamophobe allemand Pegida, qui fête lundi son premier anniversaire, a trouvé un second souffle dans la crise des réfugiés qui nourrit son discours de plus en plus radical.

"Les citoyens ne devraient pas suivre ceux qui descendent dans la rue remplis de haine et d'hostilité envers les autres", a mis en garde la chancelière Angela Merkel dans un entretien samedi à la Frankfurter Allgemeine Zeitung, alors que le leader de Pegida, Lutz Bachmann, a appelé ses troupes à une nouvelle manifestation lundi à Dresde (est).

Lancé le 20 octobre 2014 dans la capitale de la Saxe, dans l'ex-RDA communiste, par cet ancien délinquant de 42 ans, le mouvement des Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident (en allemand, Pegida) n'a aujourd'hui "plus rien à voir" avec ce qu'il était à l'époque, explique à l'AFP Nele Wissmann, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Initialement, il était "plutôt +anti-establishment+", composé d'un noyau d'extrême-droite et de beaucoup d'électeurs déçus par les partis traditionnels. "Mais depuis cet automne, il s'est radicalisé pour devenir un mouvement d'extrême droite (...) focalisé sur les réfugiés", poursuit-elle.

Symbole de ce durcissement : une potence, brandie lundi lors de dernière manifestation et "réservée" à la chancelière Angela Merkel et à son vice-chancelier Sigmar Gabriel. L'image a suscité l'indignation en Allemagne et déclenché l'ouverture une enquête.

Depuis quelques semaines, la dirigeante allemande est devenue la cible privilégiée de Pegida qui cogne avec une férocité inédite sur elle et sa politique de la main tendue aux réfugiés.

Samedi, à Cologne (ouest), une candidate à la mairie, active dans l'acceuil des réfugiés, a été poignardée par un homme aux motivations racistes, selon la police. La responsable politique, soutenue par le parti de Mme Merkel, a été grièvement blessée par un homme de 44 ans qui ne serait toutefois pas actif politiquement.

-'Déclic'-

Pegida a connu des débuts fulgurants à l'hiver 2014-2015, passant de quelques centaines de sympathisants fin octobre à 25.000 manifestants fin janvier après les attentats jihadistes contre Charlie Hebdo et un magasin juif à Paris.

L'islam, les étrangers et, déjà, les réfugiés y étaient conspués par des manifestants reprenant le slogan "Nous sommes le peuple", entonné avant la chute du Mur de Berlin par les opposants au régime d'ex-RDA.

Mais, miné par des querelles internes et plombé par les frasques de son leader Lutz Bachmann, le mouvement a connu des mois de cortèges clairsemés défilant dans l'indifférence quasi générale.

Ses déclinaisons dans les autres villes d'Allemagne se sont aussi essoufflées. Les tentatives de greffe en Autriche, en Suède ou au Danemark ne prendront pas plus. A l'été, beaucoup d'observateurs ne donnaient dès lors pas cher de la peau de Pegida.

Mais la crise migratoire a pris une toute autre dimension depuis lors et l'Allemagne prévoit d'accueillir entre 800.000 et un million de personnes en 2015.

Le 7 septembre, le mouvement a rassemblé 5.000 personnes à Dresde. Les semaines suivantes, les chiffres ont encore grimpé, pour se stabiliser entre 7.500 et 9.000 manifestants, selon les décomptes.

Compte tenu du contexte, il s'agit d'un "tout petit renouveau", relativise Timo Lochocki, analyste au think tank German Marshall Fund.

- 'Vaccinés' contre Pegida -

Pour Nele Wissmann, en revanche, un "déclic" s'est produit le 4 septembre, lorsque Angela Merkel a ouvert les frontières pour laisser passer en Allemagne les migrants arrivant de Hongrie. "C'est le moment déclencheur" qui a relancé Pegida, estime-t-elle.

"Le sujet (des réfugiés) est partout. Pegida profite de (cette) situation et d'une certaine confusion au sein du gouvernement, où Merkel commence à être sérieusement contestée dans son propre camp" pour sa politique de la porte ouverte, poursuit la chercheuse.

Les attaques perpétrées ces derniers mois contre les foyers de réfugiés, notamment dans l'Est du pays -- en particulier près de Dresde, en Saxe, une région connue comme un fief des néonazis --, inquiètent également les autorités. Elles redoutent que la radicalisation croissante de groupes comme Pegida ne débouche sur une résurgence de la violence, voire du terrorisme d'extrême droite. Cette hypothèse est jugée crédible par les renseignements allemands.

L'avenir de Pegida se jouera peut-être dans les urnes : le mouvement a déjà présenté une candidate en juin dernier à Dresde (10%) et Lutz Bachmann a annoncé son intention de fonder un parti.

Mais, du fait de leur histoire, "les Allemands sont vaccinés contre un mouvement comme Pegida", affirme Nele Wissmann. "Pegida, en se radicalisant, va exclure ceux qui sont opposées à la violence, et donc rester minoritaire".

dsa/yap/lpt