DIVERTISSEMENT
14/10/2015 09:56 EDT

«Parce que tout me ramène à toi» de Samuel Larochelle: devenir et grandir (ENTREVUE)

Vincent Chine

À l’automne 2013, Samuel Larochelle lançait son tout premier roman, À cause des garçons. La sympathique quête identitaire et amoureuse de son personnage principal, Émile Leclair, jeune Gaspésien fraîchement débarqué à Montréal, à la recherche de sa propre voie, a révélé la plume du jeune auteur et lui a ouvert tout un champ de possibilités.

À preuve, ses premiers lecteurs ne tenaient même pas encore le bouquin entre leurs mains que la perspective d’une suite le taraudait déjà. Il n’aura donc fallu à Samuel Larochelle que 15 mois pour noircir 369 nouvelles pages de son univers amoureux et amical, tout aussi ludique que rempli de réflexions, franchement réaliste et pleinement ancré dans Montréal, qui nous est maintenant chaleureusement familier. Aujourd’hui, le presque trentenaire est fier de présenter Parce que tout me ramène à toi… et de nous fixer sur le sort sentimental d’Émile et de son beau Davide qui, souvenons-nous, renouaient tendrement à la fin d’À cause des garçons, après que le peintre italo-iranien soit rentré au bercail.

«La fin du premier roman était un peu ouverte, rappelle Samuel. On ne savait pas si les retrouvailles d’Émile et Davide allaient créer un couple solide. Je me disais que les optimistes allaient y croire, et que les pessimistes imagineraient l’inverse. Mais je trouvais que c’était une belle fin en soi. Je ne voulais pas une fin trop facile où on dit tout.»

«Quand j’ai terminé le travail d’édition, en juin 2013, la période qui a suivi, avant la sortie de septembre 2013, je n’avais plus rien à créer, à corriger. J’avais plein d’espace dans ma tête. J’ai été bombardé d’idées, et je trouvais intéressant d’aller voir comment ce personnage allait vivre le couple. Autant il a une grande maturité et une grande sagesse, c’est aussi un impulsif, un hypersensible, immature dans certaines zones de sa personnalité.»

Devenir un adulte

Dans Parce que tout me ramène à toi, Émile a vieilli. Mûri. Il apprivoise l’amour et avance dans sa relation avec Davide, en se délestant à chaque pas de couches d’insécurités. Il prend en main son destin professionnel, se fait davantage confiance et, parallèlement, se décolle le nez de son propre nombril en apprenant à écouter et à aider ses proches. Terrible cliché s’il en est, l’expression est néanmoins de mise: il devient un adulte, avec tout ce que la transformation comporte de beauté et de souffrance.

«Dans À cause des garçons, Émile a réglé ses soucis par rapport au deuil de son père, il a évolué dans sa façon de gérer le regard des autres et il a trouvé quelqu’un avec qui ça fitte vraiment fort. Mais je trouvais qu’une belle bibitte comme Émile, si colorée dans sa façon de voir les choses, méritait qu’on aille voir comment il était en couple.»

Bien sûr, Samuel Larochelle n’a pas épargné son personnage de quelques soubresauts tout au long de Tout me ramène à toi, dont l’intrigue se déploie principalement en 2012. Les premiers mois de fréquentation avec Davide, à l’hiver et au printemps, sont d’une absolue perfection, mais le récit de la douce romance est entrecoupé de sauts dans le temps, qui nous transportent en septembre, alors qu’Émile se trouve en Asie. Dès la première page, d’ailleurs, notre voyageur bamboche au Cambodge, seul, affaibli et un peu perdu. Mais que peut bien aller chercher le jeune homme sur ce continent éloigné, si son idylle avec Davide le comble pleinement? Des fantômes de son passé pourraient ressurgir, d’autres pourraient s’éclipser en gré de parcours. Lesquels suivra-t-il? Lesquels disparaîtront d’eux-mêmes?

«Un couple, c’est confrontant en tabarnouche, relève Samuel. Sur une base très régulière, quelqu’un qui a été élevé différemment, qui vient peut-être d’une autre culture, comme dans ce cas-ci, devient un miroir de ce que tu es. Ça fera beaucoup évoluer Émile. À un certain moment, Émile doit se montrer très solide pour Davide, et ça lui montre que ça ne lui fait pas de tort de prendre un break de lui-même, et de s’intéresser aux autres un peu plus. Il sera aussi amené à aider les autres personnes de son entourage, dans divers contextes. Un peu comme quand on a un enfant et qu’on doit penser à quelqu’un d’autre avant de penser à soi-même; ça fait grandir.»

«Le fait de devenir photographe à temps plein aide aussi Émile à avancer, signale Samuel. Il prend de l’assurance, il réalise qu’il fait de belles choses, il reçoit la rétroaction de son agent, qui devient une figure paternelle interposée. Plus il grandit professionnellement, plus il gagne en confiance. Il devient un garçon plus solide, un jeune homme.»

Il est certes possible de plonger dans Parce que tout me ramène à toi sans avoir lu À cause des garçons et d’en apprécier l’histoire, mais celle-ci prend son véritable sens surtout si on a parcouru le premier tome. La personnalité du jeune héros s’assimile mieux lorsqu’on en comprend les fondements, bien détaillés dans À cause des garçons. De surcroît, dans ce deuxième volet, les protagonistes secondaires, ces êtres qui aiment inconditionnellement Émile dans toutes ses imperfections, les Lilie, Clara, Bryan, Charles et la mamma, se révèlent à leur tour vulnérables et gagnent en importance.

«Par la force des choses, les autres personnages sont, à un moment ou un autre, aussi amoureux, dévoile Samuel. Mais ils ne vivent pas leur couple de la même façon qu’Émile. Lui vit sa première relation sérieuse et est confronté à toutes sortes de notions : la distance, le couple fusionnel, le respect des traditions en se les appropriant. Chacun a sa façon de vivre son couple, et Émile doit définir ce qu’il veut, ce qu’il est prêt à accepter.»

Du point de vue de la trame, Parce que tout me ramène à toi est supérieur à À cause des garçons.

Là où cette première fiction devenait un peu répétitive, dans les allers et retours d’Émile entre les sites de rencontres et les rendez-vous galants, Parce que tout me ramène à toi regorge de péripéties, de questionnements et d’épisodes cocasses qui maintiennent l’intérêt. Parce que tout me ramène à toi, c’est La vie, la vie, en 2015, du regard d’un jeune homosexuel qui apprend, comprend, et vit, justement.

Devenir un auteur

L’évolution est naturelle. Il faut dire que, grâce à À cause des garçons, Samuel Larochelle a appris à écrire. À pondre non pas des articles, des chroniques ou des billets d’opinion, mais à donner vie à tout un monde intérieur. Quant au milieu du livre en général, il s’y est bien moulé, et n’a pas vraiment encaissé de désillusions quant aux ventes, aux Salons du livre ou au métier d’auteur en tant que tel.

«Dans le premier, j’ai fait plein d’erreurs d’écrivain qui publie un premier roman, qui ont été rattrapées par mon éditrice. Ça m’a fait réaliser des trucs, sur la répétition de certains mots, certaines expressions, sur la structure, sur ce qui est préférable d’évoquer plutôt que de montrer, sur plein de petits détails de minutie, d’écriture de fond. La plume était déjà assez mature, mais il y a des choses dont je n’avais pas nécessairement conscience, et j’ai beaucoup grandi. Je n’ai donc pas commis à nouveau ces erreurs en écrivant le deuxième», illustre celui qui est aussi journaliste, et qui a vu son lectorat dans le Huffington Post Québec, La Presse, Fugues, Nightlife.ca et autres publications s’agrandir suite à la sortie de son premier effort en librairie.

«Ayant travaillé dans une maison d’édition avant même de commencer à écrire le premier roman, je connaissais la game des Salons du livre, continue Samuel. Quand tu n’es pas une «méga vedette», beaucoup moins de gens viennent te voir. C’est un exercice d’humilité. Moi, j’ai été dans chaque Salon du livre en me disant qu’une rencontre était un bonus, et j’ai vécu plusieurs beaux moments. Je n’avais aucune attente. De vendre 75 livres une journée et 20 le lendemain, pour moi, ça restait du plaisir. On espère toujours être un «méga succès», au fond de soi, mais les gens qui ne vivent que de leur plume sont extrêmement rares, au Québec. Je n’étais tellement pas dans ça. Je n’ai jamais envisagé quitter mon emploi de journaliste pour vivre à temps plein comme écrivain. J’ai besoin des deux, les deux me font tripper. Ça ne veut pas dire que tout est facile; mais j’étais tellement au courant des défis qui m’attendaient, que j’ai eu zéro désillusion.»

Devenir un artiste complet

Samuel Larochelle nous l’avait confié il y a deux ans, À cause des garçons était inspiré de sa propre réalité, mais n’était pas une autofiction, et encore moins une biographie enjolivée. Parce que tout me ramène à toi s’éloigne encore plus de l’être qu’il est, ici et maintenant. La saine distance qui s’est imposée entre Émile et lui confère toutefois une affection toute paternelle pour son alter ego gaspésien et la petite garde rapprochée de celui-ci.

«Émile, c’était tellement moi dans la première version d’À cause des garçons, rigole Samuel. Mais tout le travail que j’ai fait avec mon éditrice, pour en faire un meilleur roman, a fait en sorte que ce n’était plus moi. Il en est resté l’essence de ce que j’étais quand j’avais 20 ans, avec certains événements que j’avais vécus, et d’autres événements que je m’imaginais vivre. C’est sûr que c’est proche de moi… et des amis proches étaient convaincus qu’À cause des garçons était 100% moi. Même je ne suis pas photographe, que mon papa est vivant, que je ne suis pas enfant unique, que je n’ai pas cette relation avec ma mère, que je n’ai pas vécu les mêmes relations amoureuses… Il est resté environ 30% d’éléments vrais dans le premier. Dans le deuxième, il y a 10% de vrai, comme beaucoup de choses que j’ai vécues en voyage - même si, moi, je suis parti pour tellement d’autres raisons –, des aspects reliés au regard des autres et la vision d’Émile en amour. Il y a donc un personnage en entier qui existe et qui n’est pas moi… et je l’aime profondément!»

Samuel aime assez son Émile, d’ailleurs, pour lui octroyer un laissez-passer vers des émotions et des revirements que lui-même aurait aimé explorer.

«Il y a des choses que j’aurais aimé voir se produire dans ma vie, que j’ai écrites dans le premier roman, admet Larochelle. Au lieu qu’Émile soit ce que j’ai vécu, je me suis projeté à travers lui. Quand on regarde le couple qu’il forme avec Davide, moi, je les trouve incroyablement cutes. Ce n’est pas du Hollywood ou un amour qu’on ne voit que dans les romans. C’est extrêmement simple, authentique, ils sont très, très en amour. Avec leur complicité, je m’amuse à dire qu’ils peuvent convaincre même les plus cyniques que l’amour peut être vraiment beau.»

En toute humilité, Samuel Larochelle avoue être encore plus satisfait de Parce que tout me ramène à toi que d’À cause des garçons. Même si, insiste-t-il, jamais il ne regardera de haut son premier «bébé».

«Je trouve que la structure, par rapport aux sauts dans le temps, est très efficace. Je suis vraiment, vraiment content de la façon dont je conserve le mystère et distille les indices, sans que le lecteur ne sache, justement, que ce sont des indices. J’ai l’impression d’être plus drôle, touchant et fin dans mon écriture, et que mon style a évolué. Ceci dit, j’adore encore le premier…»

Le rassemblement de lancement officiel de Parce que tout me ramène à toi, ce mercredi, au bar Saint-Édouard, dans Rosemont, marquera la fin d’un important chapitre pour Samuel Larochelle. Sonnera alors la fin des péripéties d’Émile, Davide et les autres, car le créateur ne compte pas boucler celles-ci avec une trilogie. Du moins, pour l’instant. Par contre, il caresse l’ambition de voir ses deux romans adaptés au petit écran.

Sinon, d’autres sujets de romans bourdonnent dans l’esprit de Samuel, dont l’un se déroulerait en partie en Turquie. Il travaille déjà à une nouvelle destinée à un collectif, qui sera publié aux Éditions Libre Expression, ainsi qu’à un projet de croissance personnelle, qu’il développe en collaboration avec sa professeure de chant… et qui n’a rien à voir avec le chant. Il fignole en outre des documentaires pour la télévision.

Parce que tout me ramène à toi, publié au Éditions Druide, est présentement en vente, en magasin et sur plateforme numérique (iTunes).

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