DIVERTISSEMENT
14/10/2015 12:43 EDT | Actualisé 14/10/2015 12:45 EDT

«Le nouveau show»: le show d'une génération? (PHOTOS)

Courtoisie

Avons-nous déjà vu un Bye Bye faire l’unanimité? Ou, dans une perspective plus générale, n’importe quelle émission à sketchs, être applaudie par absolument tout le monde, sans avis discordants?

Le concept, en soi, est casse-gueule. Un numéro qui plait à l’un ne ravira pas nécessairement l’autre, et vice-versa, pour des questions d’âge, de références culturelles et combien d’autres critères encore.

On prédit donc un sort semblable au Nouveau show, descendance directe de SNL Québec, que Radio-Canada propulse en stratégie multi-écrans dès aujourd’hui, d’abord sur l’Extra Tou.tv.

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Les deux premiers épisodes de 24 minutes sont maintenant disponibles sur la plateforme web payante, et les 11 suivants seront mis en ligne à raison d’un par semaine. Ensuite, Le nouveau show (ou LNS, autre clin d’œil à SNL) ira se faire voir à ARTV à compter du 8 janvier 2016, et sera ensuite repris à Radio-Canada Télé plus tard au printemps.

Le nouveau show rassemble quelques-uns des ingrédients gagnants de SNL Québec, à commencer par le groupe d’acteurs, toujours formé de Virginie Fortin, Pier-Luc Funk, Katherine Levac, Phil Roy, Léane Labrèche-Dor, Mathieu Quesnel, Guillaume Girard et Mickaël Gouin, qui se démènent encore devant public. Comme SNL, LNS est une production de Fair-Play, et Josée Fortier est toujours productrice au contenu. Le panel d’auteurs est aussi sensiblement le même que jadis, et Guy Gagnon reprend sa place à la réalisation.

Tout en simplicité

En revanche, Le nouveau show n’est pas diffusé en direct, ne s’inspire pas du tout de l’actualité et ne repose pas sur la présence d’un invité-vedette en particulier. Il n’y a pas d’animateur non plus. En somme, c’est un collage de capsules comiques intemporelles, avec décors, perruques, costumes et maquillages, une formule qui a maintes fois fait ses preuves. Aucune «histoire» ne lie les sketchs entre eux mais, à chaque épisode, un thème ou une boutade récurrents reviennent à deux ou trois reprises, comme un fil conducteur discret.

D’un point de vue personnel, l’auteure de ces lignes a adoré les deux premiers épisodes, présentés aux journalistes mardi après-midi. On y retrouve l’esprit un peu collégien et relâché, l’humour absurde et les joyeux délires qui ont fait la marque de SNL Québec. Tout n’est pas parfait, mais c’est justement ces imperfections, cet enrobage qui n’est pas complètement léché ou sans failles, qui amuse. Bien sûr, on aime les effets spéciaux et les productions tonitruantes à gros budget et minutieusement fignolées, mais la simplicité a parfois bon goût, elle aussi.

Puisque l’émission est enregistrée en une prise, on a conservé les savoureux «décrochages» des comédiens, leurs fous rires discrets, leur manque parfois flagrant de concentration (salutations à Pier-Luc Funk, ici). Un travail de montage est effectué, et le résultat s’avère ainsi beaucoup plus resserré, rythmé et efficace que ne l’était SNL, qui souffrait parfois de longueurs.

Par exemple, parmi les premiers sketchs, on retrouve les fausses auditions des membres de la distribution du Nouveau show, joli prétexte à l’autodérision; une parodie d’émission de débats, baptisée Dans le trou des yeux, où Mickaël Gouin et Guillaume Girard, anciens lecteurs de nouvelles de SNL, déblatèrent caustiquement sur un sujet, du genre «Pour ou contre les baby boomers sur Internet» et reçoivent parfois des invités, un cadre parfait pour insérer des personnages attendus, comme Paidge Beaulieu ; une chanson de Phil Roy plaidant pour l’implantation d’un Ashton à Montréal; un faux souper entre amis, où un couple nouvellement riche embarrassera l’un de ses convives (Pier-Luc Funk), qui trainera son inconfort jusqu’à la salle de bain; un désopilant pastiche d’Allô Boubou, avec un Mathieu Quesnel lancinant sous la perruque frisée rappelant Jacques Boulanger, et une hilarante chanson aux tonalités hippies détaillant les différences entre Normand D’Amour et Normand L’Amour. On a même droit à une référence à Bouscotte, et Fred Pellerin devient un «conteur intelligent» installé par Hydro Québec.

Les vignettes, au nombre d’une dizaine par demi-heure, sont relativement courtes. À l’occasion, pas systématiquement, mais souvent, des personnalités connues vont effectuer une apparition-éclair, un cameo. Marc Hervieux, Bernard Fortin, en tant que père de Virginie Fortin, et Simon-Olivier Fecteau, dans un passage qui rappelle sa web-série En audition avec Simon, sont les premiers à se prêter au jeu.

Aux saynètes jouées devant les spectateurs viennent par ailleurs se greffer d’autres segments, qui évoquent les coulisses de ce Nouveau show. Tout aussi fictives, ces transitions, où les acteurs interprètent leurs propres rôles, sont campées, entre autres, dans les loges, dans la salle de maquillage ou près du buffet de l’équipe de tournage. On a, de cette façon, l’impression de voir interagir les comédiens lorsque les projecteurs sont éteints, un filon intéressant d’autofiction.

Un symbole

Répétons-le, il est difficile de plaire à tous. Or, même les critiques les plus acerbes n’auront d’autre choix que d’attribuer au moins un mérite au Nouveau show: étant l’un des premiers produits québécois déclinés ailleurs qu’au petit écran traditionnel, il fera peut-être office de symbole pour toute une génération de jeunes adultes las du modèle habituel de la télévision.

La génération Y et la suivante, qui peinent souvent à se retrouver dans les émissions d’ici, à plus forte raison dans le créneau humoristique, trouveront probablement de quoi se mettre sous la dent avec LNS, d’autant plus que ses têtes d’affiche sont des visages encore relativement nouveaux.

Leurs aînés ont eu RBO, les adolescents et les «vingtenaires» des années 2000 auront leur Nouveau show. Non pas qu’on attribue nécessairement les mêmes qualités à la troupe de LNS qu’à celle de Rock et Belles Oreilles – le fondement des deux groupes et des projets n’est pas le même, le contexte social non plus, tout comme la démarche – mais, à l’époque, les gags qui pouvaient être autant engagés que scatologiques de Guy A.Lepage, André Ducharme, Bruno Landry et Yves Pelletier réjouissaient un nouveau public, qui ne se reconnaissait pas toujours dans le marché culturel offert jusque-là. Déjà, Katherine Levac a réussi à donner une renommée à sa Paidge Beaulieu, qui demeurera à tout jamais un emblème de la mouture québécoise de Saturday Night Live. C’est donc dire que les collègues du Nouveau show peuvent, eux aussi, marquer la mémoire collective.

Il serait surprenant de voir la bande du Nouveau show fouler les planches du Centre Bell dans 30 ans le temps d’un spectacle-retrouvailles, mais peut-être que, dans ce même futur, de jeunes quinquagénaires et sexagénaires se souviendront de ce rendez-vous drôle et sans prétention qu’ils pouvaient dévorer à leur guise sur leur cellulaire, leur tablette ou leur ordinateur, que leur proposait Radio-Canada.

Le nouveau show, maintenant en ligne sur l’Extra Tou.tv. Les six premiers épisodes seront accessibles jusqu’au 11 novembre, les trois autres, du 9 au 23 décembre, et les quatre derniers, du 13 janvier au 3 février. À ARTV, à compter du 8 janvier, Le nouveau show occupera la case-horaire du vendredi, à 22h30, avec rediffusions le samedi, à 18h30, le lundi, à 19h, et le jeudi, à 23h.

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