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13/10/2015 03:18 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Réfugiés: en Allemagne, la communauté musulmane au devant de bouleversements majeurs

Les musulmans d'Allemagne, en majorité d'origine turque, voient leur communauté en passe d'être bouleversée par l'arrivée de centaines de milliers de réfugiés arabes, une diversification jugée positive par des experts même si le risque d'une récupération islamiste ne peut être écarté.

Pour une famille syrienne de réfugiés, participer à une prière du vendredi dans une mosquée allemande peut s'avérer un casse-tête. "La plupart des prêches sont en turc", explique à l'AFP Yasemin el-Menouar, spécialiste de l'islam à la Fondation Bertelsmann.

Héritage de l'histoire industrielle allemande, la communauté musulmane, qui compte plus de 4 millions de personnes, est "au deux-tiers d'origine turque ou culturellement turque", poursuit la chercheuse. Aujourd'hui, "même dans la 2e ou 3e génération, l'influence turque est forte", selon elle.

Plus de 900 mosquées sont ainsi gérées par le DITIB, le relais en Europe du secrétariat d'État turc pour les affaires religieuses. Cet organisme, qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP, est l'un des interlocuteurs privilégiés des autorités allemandes pour toutes les questions liées à la troisième religion du pays.

- S'ouvrir aux autres musulmans -

Dans ces communautés, depuis plus de 30 ans, les imams sont directement envoyés par Ankara. La plupart du temps, ils ne parlent pas un mot d'allemand. Et très souvent, c'est un portrait d'Atatürk, le père de la Turquie moderne, qui orne les murs de l'organisation. Loin, très loin, des préoccupations des musulmans venus de Homs ou de Mossoul.

"Maintenant ils vont devoir s'ouvrir à des musulmans venant d'autres régions du monde", explique-t-elle encore. Une "chance", juge Mouhanad Khorchide, qui dirige une chaire sur l'islam à l'Université de Münster (ouest). "L'islam en Allemagne va ainsi gagner en diversité", poursuit le professeur.

La communauté va en tous cas connaître une croissance d'une ampleur inégalée. Sur les plus de 800.000 demandeurs d'asile qui devraient avoir rejoint l'Allemagne cette année, quelque 80% sont des musulmans, selon le Conseil central des musulmans en Allemagne (ZMD).

Plus de 161.000 Syriens vivent désormais en Allemagne et leur nombre devrait encore croître, faisant d'eux la plus grosse communauté syrienne en Europe.

Certains s'inquiètent d'une radicalisation possible avec des réfugiés peu familiers des valeurs occidentales et qui viennent de pays où l'homosexualité est un crime et où l'égalité hommes-femmes n'existe pas.

De jeunes radicaux de la mouvance salafiste tenteraient aussi de "recruter" parmi les jeunes migrants déboussolés. Mais le ministère de l'Intérieur assure que la proportion, très faible, n'est jusqu'ici en rien alarmante.

Le Renseignement allemand estime à environ 7.900 le nombre de salafistes en Allemagne qui se sont livrés à quelques actions aussi spectaculaires que brèves.

- Règles de vie commune -

La chancelière Angela Merkel ne cesse d'enjoindre les réfugiés à respecter les principes de l'Etat de droit: "Nous disons dès le premier jour à ceux qui viennent chez nous: ici il y a des lois et des règles de vie commune que vous devez respecter", souligne-t-elle dans le journal Bild.

A Berlin, dans les 12 foyers de demandeurs d'asile gérés par l'organisation AWO, aucune pratique religieuse n'est autorisée pour parer à tout problème. "Nous indiquons à ceux qui le demandent où se trouvent des mosquées proches mais nous n'autorisons aucune prière dans nos enceintes", explique son président Manfred Nowak.

Pour M. Khorchide, le défi majeur, c'est l'intégration des jeunes réfugiés en quête d'identité.

"Si on les laisse en marge de la société, si on ne leur donne pas rapidement le sentiment que l'on veut d'eux en Allemagne, le danger est grand qu'ils se tournent vers les salafistes et la mouvance radicale", analyse M. Korchide.

Un risque toutefois relativisé par le fait que beaucoup ont fui justement les islamistes en Syrie ou en Irak, selon Mme El-Menouar. Elle rappelle que c'est justement pour échapper à l'Etat islamique que certains jeunes hommes ont pris le chemin de l'Europe. "Ceux qui ont vécu les exactions du régime (syrien) ou de l'Etat islamique ne veulent plus entendre parler d'islam combattant", renchérit M. Khorchide.

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