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13/10/2015 08:29 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Pour Rushdie, les atteintes à la liberté d'expression sont "une attaque contre la nature humaine"

Toute limite posée à la liberté d'expression équivaut à une "attaque contre la nature humaine", a affirmé mardi l'écrivain Salman Rushdie à l'occasion de l'ouverture de la Foire du livre de Francfort, boycottée par l'Iran en raison de sa venue.

"Limiter la liberté d'expression n'est pas seulement de la censure, c'est une attaque contre la nature humaine", l'homme étant "le seul animal de langage, d'histoires", a déclaré M. Rushdie devant la presse présente au plus grand rendez-vous mondial du secteur de l'édition.

Il a insisté sur le fait que "la liberté d'expression n'est pas culturellement spécifique, mais un principe universel" et "sans elle, les autres libertés échouent".

La venue de cet écrivain britannique, visé en 1989 par une fatwa de l'ayatollah iranien Khomeini pour son roman "Les versets sataniques", a provoqué la colère de Téhéran, qui a décidé au dernier moment de boycotter le salon.

"Nous devons continuer à nous battre" encore aujourd'hui pour défendre une liberté d'expression mise à mal non seulement par "les menaces violentes" dont font l'objet écrivains et éditeurs dans certains pays, mais aussi "dans certaines parties du monde, par un nouveau sentiment de politiquement correct", a relevé Salman Rushdie.

De passage rapide à Francfort alors que paraît en anglais et en allemand son dernier roman intitulé "Two years, eight months and twenty-eight nights", M. Rushdie a estimé que "l'édition est l'incarnation de la liberté d'expression", louant également "la variété et l'infini de ce qui est possible dans le monde des mots".

"Si vous croyez en une unique vision de la vérité et que vous cherchez à imposer cette vision aux autres, alors les gens offrant des visions différentes de la vérité deviennent vos ennemis", a poursuivi l'écrivain, qualifié par Téhéran de "personnage détesté dans le monde islamique".

"Mais souvent la littérature surmonte cette bataille", les ouvrages contestés en leur temps passant à la postérité, même si les écrivains eux "sont faibles", a pointé Salman Rushdie.

Il a enfin mis en garde contre un retour des dogmes religieux, déjà combattus par les Lumières en France au 18e siècle. Il est aujourd'hui "tout aussi important de gagner", a conclu l'écrivain.

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