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13/10/2015 09:38 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Mohamed Fahmy reproche à Stephen Harper de s'être lavé les mains de son cas

TORONTO — Le journaliste canadien Mohamed Fahmy a accusé mardi le premier ministre Stephen Harper de s'être lavé les mains de son dossier lorsque son implication personnelle avec les plus hautes instances du gouvernement égyptien aurait pu permettre sa libération ou son extradition au Canada.

Lors d'une conférence de presse organisée par les Journalistes canadiens pour la liberté d'expression, à Toronto, M. Fahmy a soutenu que M. Harper a plutôt confié le dossier à des subalternes, alors que son autorité de premier ministre aurait eu plus de poids dans les discussions. Il a confié qu'au fond de sa cellule, il lui a été «bien difficile de ne pas se sentir abandonné et trahi» par son premier ministre.

L'ancien chef de bureau au Caire du réseau anglais de la chaîne qatarie de nouvelles Al-Jazeera avait été arrêté en Égypte en 2013, avec deux de ses collègues, pour avoir «menacé la sécurité nationale» en propageant de «fausses informations» et en offrant une couverture biaisée en faveur des Frères musulmans, une organisation aujourd'hui interdite.

Au cours d'un premier procès, en 2014, les trois hommes avaient écopé de peines allant de sept à 10 ans de prison, mais le confrère australien, Peter Greste, avait obtenu rapidement sa libération. Après avoir passé 400 jours derrière les barreaux, M. Fahmy et son collègue égyptien avaient été libérés en attendant de subir leur deuxième procès, en août dernier. 

À l'issue de ce second procès, le reporter canadien avait été condamné à trois ans de prison par un tribunal qualifié de fantoche presque unanimement par la communauté internationale. M. Fahmy et son collègue égyptien ont purgé une partie de leur peine avant d'être finalement graciés, le 23 septembre dernier, par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

M. Fahmy et ses supporteurs ont souvent accusé par le passé le premier ministre Harper de ne pas exercer suffisamment de pression auprès du Caire pour ramener le journaliste au Canada.

Il a rencontré lundi soir le chef libéral, Justin Trudeau, afin de lui exprimer «de la gratitude pour son soutien». Il a écrit plus tard sur son compte Twitter que son épouse et lui avaient «apprécié leur entretien avec l'infatigable et inspirant» leader libéral. M. Fahmy prévoit aussi rencontrer le chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, mais il a indiqué qu'il ne voulait pas donner publiquement son appui à un parti dans la campagne électorale en cours.

M. Fahmy s'était installé au Canada avec sa famille en 1991 et a vécu à Montréal et à Vancouver pendant plusieurs années avant de partir travailler à l'étranger, couvrant notamment des événements pour le New York Times et CNN avant d'être embauché par Al-Jazeera. Il prévoit maintenant s'installer à Vancouver, où il compte accepter un poste de professeur adjoint en journalisme à l'Université de la Colombie-Britannique. Il souhaite également écrire un livre sur son expérience.