POLITIQUE
13/10/2015 12:59 EDT

Mohamed Fahmy dénonce Stephen Harper

Le journaliste Mohamed Fahmy, qui a été relâché d'une prison égyptienne le mois dernier, a accusé ce matin le premier ministre canadien Stephen Harper de ne pas avoir utilisé « tout son poids » pour obtenir sa libération.

M. Fahmy a rencontré la presse à Toronto pour la première fois depuis son retour au pays, dimanche.

En pleine campagne électorale, il a soutenu qu'Ottawa devait en faire plus pour défendre les Canadiens emprisonnés injustement à l'étranger, décochant une flèche à l'endroit des conservateurs.

L'ex-reporter du réseau Al-Jazira a rencontré le chef libéral Justin Trudeau hier soir, le remerciant de son appui et le qualifiant « d'inspirant ». M. Fahmy doit rencontrer le chef du NPD, Thomas Mulcair, cet après-midi.

M. Fahmy a affirmé que le gouvernement Harper avait refusé de rencontrer son avocate, Amal Clooney, pendant qu'il pourrissait dans une cellule envahie par les insectes en Égypte.

« Je me suis senti trahi et abandonné. » — Mohamed Fahmy

M. Fahmy a l'intention de voter le 19 octobre, mais il n'appuie aucun parti en particulier, dit-il.

Il remercie les Canadiens d'avoir soutenu, notamment dans les médias sociaux, « un homme qu'ils ne connaissaient pas ».

Hier, il a dit sur Twitter qu'il se sentait finalement « libre », alors qu'il s'est promené avec sa femme dans les rues de Toronto. « [Ma femme et moi] nous sentons en sécurité, libres et à la maison », a-t-il tweeté.

Il dénonce Harper

L'un des anciens collègues de M. Fahmy au réseau Al-Jazira, l'Australien Peter Greste, a été libéré un an avant lui, à la suite de l'intervention du premier ministre de l'Australie.

M. Fahmy affirme que, dans son cas, « l'approche hyper-conservatrice [du premier ministre Stephen Harper] a miné et retardé ma libération ».

Il reproche aussi au premier ministre d'avoir délégué sa responsabilité de faire pression sur le président égyptien.

Par ailleurs, selon lui, l'ancien ministre canadien des Affaires étrangères John Baird a commis une bourde diplomatique en annonçant durant un point de presse en Égypte que le Canada ne le traduirait pas en justice, si les autorités égyptiennes acceptaient de transférer leur prisonnier au Canada.

Un porte-parole du gouvernement canadien a rétorqué hier que M. Harper avait discuté de son cas avec le président égyptien, en plus de soumettre plusieurs lettres d'appui aux autorités égyptiennes. M. Fahmy s'en étonne et se demande pourquoi le premier ministre n'avait pas révélé son appel auprès du président Abdel Fattah al-Sissi.

« C'est une leçon à tirer à l'avenir, dit-il. Il nous faut un gouvernement qui appuie à 100 % [les Canadiens emprisonnés à l'étranger ».

Le journaliste poursuit par ailleurs son ancien employeur, Al-Jazira.

Retour à une vie normale

En entrevue à l'agence de presse Associated Press, le journaliste a raconté avoir longtemps imaginé son retour chez lui, lorsqu'il était détenu.

La saga judiciaire de Mohamed Fahmy et de deux de ses collègues du réseau anglophone d'Al-Jazira avait attiré l'attention du monde entier et suscité bien des interrogations sur la liberté de la presse en Égypte :

  • Arrêtés en décembre 2013, les trois hommes -- qui ont toujours clamé leur innocence -- avaient été accusés d'avoir soutenu les Frères musulmans, une organisation désormais interdite en Égypte, et d'avoir mis la sécurité nationale en péril avec leurs reportages.
  • Au cours d'un premier procès en 2014, ils avaient écopé de peines allant de 7 à 10 ans de prison.
  • Après avoir passé 400 jours derrière les barreaux, ils avaient été libérés en attendant de subir leur deuxième procès en août dernier. Ils avaient alors été condamnés à trois ans de réclusion.
  • Le 23 septembre dernier, Mohamed Fahmy a été gracié par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi.

Mohamed Fahmy prévoit s'installer à Vancouver où il compte accepter un poste de professeur adjoint en journalisme à l'Université de la Colombie-Britannique. Néanmoins, il compte retourner un jour comme reporter au Moyen-Orient.

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