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13/10/2015 12:59 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Les exigences de Bruxelles sur le budget encore une épine dans le pied de Rajoy

Le gouvernement espagnol s'est mobilisé mardi pour répondre aux mauvais augures de la Commission européenne, dont les réserves sur son projet de budget portent un coup à ses promesses électorales avant les législatives de décembre.

La commission européenne a estimé qu'en l'état, le projet de budget, avec des baisses d'impôts, déboucherait sur un déficit de 4,5% en 2015 et non 4,2% comme prévu par son gouvernement.

Pour 2016, il atteindrait, toujours selon la commission, 3,5% du PIB, dépassant le seuil de 3% que Madrid s'est engagé à respecter.

"Je suis très tranquille et les Espagnols aussi: nous allons respecter l'objectif de déficit", a déclaré le chef du gouvernement Mariano Rajoy à la presse espagnole à New York, où il devait participer à une réunion du Conseil de sécurité.

Les prévisions de Bruxelles, en ligne avec celles du FMI, ne sont pas pas pour arranger le Parti populaire (PP, droite) au pouvoir, car elles tendent à décrédibiliser sa campagne, entièrement centrée sur la reprise économique amorcée en 2014, son "sens des responsabilités" et sa gestion saine des finances.

Les ministres sont montés au créneau pour tenter de neutraliser les prédictions de Bruxelles. "Je peux vous garantir que les comptes publics vont respecter l'objectif de 4,2% et de 2,8% pour 2016, a martelé le ministres de l'Industrie Jose Manuel Soria sur la chaîne Telemadrid.

Le ministre des Finances Cristobal Montoro a aussi défendu le projet, soulignant que les rentrées fiscales de 2015 étaient en hausse de 7%, en dépit de la baisse de l'impôt sur le revenu, grâce à une croissance estimée à 3,3% pour 2015.

Le gouvernement de Mariano Rajoy propose effectivement une baisse de l'impôt sur le revenu et le versement de primes supprimées pendant la crise pour les fonctionnaires, dès 2015, une mesure jugée électoraliste par ses adversaires.

Dès le 5 octobre, les prévisions de Madrid avaient été jugées "un peu trop optimistes" par le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, un socialiste français, soupçonné par Madrid d'avoir porté volontairement un coup à un gouvernement de droite.

"Je ne veux pas y voir un intérêt partisan", avait lâché avec ironie le ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Garcia Margallo.

Finalement l'avis de la commission n'a pas différé de celui de M. Moscovici.

Et, comme prévu, à Madrid l'opposition n'a pas tardé à crier au scandale, d'autant que dès le mois d'août le Parti socialiste s'était prononcé contre ce projet de budget qui doit être voté avant les législatives et qui s'imposera au futur gouvernement, ce qui est contraire à la tradition en Espagne.

Pedro Sanchez, le chef du PSOE, au coude à coude dans les sondages avec le PP, a exigé la comparution urgente du chef du gouvernement devant le parlement.

"Rajoy, désespéré face aux élections a présenté un faux budget. Hier la Commission européenne nous a donné raison", a-t-il lancé sur Twitter.

"Je l'ai dit lors du débat sur le budget. Le gouvernement espagnol a proposé une réforme fiscale impliquant une chute des recettes de 10 milliards d'euros", qui entraînera encore une réduction des dépenses en matière sociale, a-t-il ajouté.

Selon le principal syndical de fonctionnaires du ministère des Finances (GESTHA), plutôt à gauche, le projet de budget obligera au final l'Etat à réduire ses dépenses à hauteur de 3 milliards d'euros pour juguler le déficit.

"Le PP porte atteinte à la crédibilité internationale de l'Espagne et annonce de nouvelles coupes claires", a aussi dénoncé Pedro Sanchez.

Le parti de centre-droit Ciudadanos qui talonne le PP avec 21,5% des intentions de vote, a également estimé que la commission avait confirmé ses prévisions. "Les comptes du gouvernement ne tombent pas juste", a-t-il proclamé, rappelant qu'il avait dénoncé, dès septembre "un trou de plusieurs milliards d'euros".

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