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13/10/2015 05:36 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Le Portugal plongé dans l'incertitude sur son futur gouvernement

Plus d'une semaine après les élections législatives, le Portugal attend toujours son futur gouvernement, alors que le chef de l'opposition socialiste, Antonio Costa, pousse à la roue pour former une grande alliance à gauche et "tourner la page de l'austérité".

Officiellement, rien n'est décidé. Mais le Parti socialiste, battu par la coalition sortante emmenée par le Premier ministre Pedro Passos Coelho, semble plus avancé dans ses négociations avec le Parti communiste et le Bloc de gauche, le "Syriza" portugais, qu'avec la droite.

A l'issue d'une rencontre avec le président Anibal Cavaco Silva, M. Costa a ainsi plaidé lundi soir pour la formation d'"un gouvernement stable qui traduise la volonté de l'écrasante majorité des Portugais de changer de politique".

Inimaginable encore il y a quelques jours, ce scénario, inédit, fait son chemin, divisant les militants du PS, revigorés malgré leur échec électoral, et suscitant des réactions enragées au sein de la droite, arrivée en tête des élections avec 38,6% des voix.

M. Passos Coelho avait prévenu ses sympathisants pendant la campagne électorale: "Même si vous votez pour nous, vous risquez de vous réveiller avec un gouvernement d'Antonio Costa au lendemain des élections", en l'absence d'une majorité absolue de la droite.

Alors que M. Costa multiple les contacts à gauche, une nouvelle réunion était prévue mardi soir avec M. Passos Coelho, qui devait tenter, malgré tout, d'arracher un soutien socialiste à un gouvernement minoritaire de droite.

- Investisseurs nerveux -

Les investisseurs ont montré de premiers signes de nervosité lundi, avec la Bourse de Lisbonne en chute de plus de 3% et les taux d'emprunt du Portugal en légère hausse.

"Pour l'instant, on a du mal à croire à l'hypothèse d'un gouvernement de gauche. Si cela se confirme, ce serait inquiétant", a commenté un courtier boursier sous couvert d'anonymat.

Le projet d'une éventuelle alliance avec l'extrême gauche a suscité de vifs débats au sein du Parti socialiste.

"Il faut profiter de cette occasion historique et former un gouvernement de gauche pour mettre fin à la dérive de la droite", a fait valoir le député Joao Soares, membre de l'aile dure du parti.

"Un gouvernement du PS avec l'appui du PC et du Bloc de gauche est impensable!", a estimé, au contraire, l'eurodéputé Francisco Assis, un modéré qui passe pour un candidat potentiel à la succession d'Antonio Costa.

Dans les rangs de la droite, la nervosité était palpable. "Une telle alliance à trois serait un suicide pour Antonio Costa et le PS", s'est emporté Luis Marques Mendes, ancien chef du Parti social-démocrate (centre droit) de M. Passos Coelho.

"Un gouvernement constitué avec des forces anti-européennes serait très négatif pour l'image du pays", a prévenu mardi l'ancien président de la Commission européenne, le conservateur José Manuel Barroso.

- Délai de réflexion -

Antonio Costa s'est donné jusqu'à la fin de la semaine pour soumettre aux instances de son parti une proposition, qui pourrait être soumise au vote des militants.

Mais le dernier mot reviendra au président Cavaco Silva, qui a clairement laissé entendre que son appel à former un gouvernement "stable" excluait le Parti communiste, hostile à l'euro, et le Bloc de gauche, partisan d'une renégociation de la dette.

A en croire M. Costa, les deux partis ont accepté de mettre ces exigences entre parenthèses et de soutenir, le cas échéant, un programme de gouvernement élaboré par le PS.

Selon la Constitution portugaise, "le Premier ministre est nommé par le président de la République, une fois entendus les partis représentés à l'Assemblée et en tenant compte des résultats électoraux".

Rien n'indique que la tâche de former un gouvernement revient forcément au vainqueur des élections. Mais si le PS était chargé de constituer l'exécutif, ce serait la première fois en 40 ans de démocratie portugaise qu'un perdant se retrouve à la tête du gouvernement.

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