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13/10/2015 06:15 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Issad Rebrab, milliardaire algérien en révolte contre le gouvernement

Une partie de bras de fer oppose en Algérie le magnat des affaires Issad Rebrab aux autorités au moment où ce pays a besoin d'investisseurs et d'entrepreneurs pour diversifier son économie, très dépendante du pétrole.

Patron du premier groupe privé d'Algérie, un empire de trois milliards de dollars, M. Rebrab s'estime la cible d'autorités, qu'il ne se prive pas de critiquer. Il reproche au gouvernement de bloquer les projets de son groupe et de priver les Algériens de milliers d'emplois potentiels.

Actuellement à l'étranger, Issad Rebrab affirme qu'il risque d'être arrêté s'il revient en Algérie, ce que les autorités démentent.

Mais depuis le Brésil où il se trouvait début octobre, il a réclamé des assurances du président Abdelaziz Bouteflika et du chef d'état-major de l'armée, le général Ahmed Gaïd-Salah, qu'il a désignés comme "les véritables responsables" de ses ennuis.

Quelques jours avant, l'homme d'affaires avait essuyé une violente attaque du ministre de l'Industrie, qui l'accuse d'avoir voulu importer de vieux équipements, surfacturés de surcroît, provenant de l'usine française de Fagor/Brandt qu'il avait rachetée en 2014.

"Menteur", a répondu le milliardaire, qui a dénoncé une volonté de le "faire taire" et mis au défi le ministre d'accepter une confrontation télévisée.

Ancien comptable qui a entamé sa vie d'entrepreneur en 1971, au temps de l'économie dirigée, Issad Rebrab dirige Cevital, un conglomérat qui pesait trois milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2012 contre seulement 50 millions dix ans auparavant.

Son groupe (12.000 emplois), présent notamment dans l'électronique, la sidérurgie, l'électroménager et le BTP, a récemment fait des acquisitions en France (le fabricant de portes et fenêtres Oxxo, le spécialiste de d'électroménager Fagor-Brandt) et en Italie (les aciéries Lucchini).

- '10.000 Rebrab' -

Depuis dix ans, Issad Rebrab dénonce régulièrement ce qu'il estime être des entraves à la réalisation de ses multiples projets en Algérie, notamment la construction d'un grand pôle industriel à l'est d'Alger ou celle d'un complexe sidérurgique.

Il accuse aussi le gouvernement d'avoir torpillé en 2013 le rachat par Cevital de Michelin-Algérie, en faisant valoir son droit de préemption sur cette société du fabricant de pneumatiques français.

Cette forte tête, qui a démissionné deux fois du Forum des chefs d'entreprise (FCE) quand cette puissante organisation patronale a appelé à la réélection d'Abdelaziz Bouteflika, est mal en cour auprès du président algérien.

Egalement critiqué dans les milieux des affaires à cause de sa position dominante dans certains secteurs de l'économie, M. Rebrab a toutefois reçu de nombreuses marques de soutien après les accusations du ministre de l'Industrie.

La plus étonnante est venue de la députée trostkyste Louisa Hanoune, pourtant en guerre contre les "oligarques" proches du cercle présidentiel. "Il est évident que ses projets dérangent", a-t-elle estimé.

L'ancien président de l'Assemblée nationale Abdelaziz Ziari a lui souhaité "qu'il y ait 1.000 ou plutôt 10.000 Issad Rebrab en Algérie".

Si l'Algérie "disposait de dix groupes comme Cevital (...), elle rejoindrait la Turquie sixième économie d'Europe en termes de PNB (produit national brut)", a de son côté estimé le sociologue Lahouari Addi dans le quotidien El Watan.

Selon M. Addi, les déboires de M. Rebrab montrent "qu'il y a des forces qui ont de l'influence sur le gouvernement et qui sont opposées à la transition de l'après-pétrole", à l'heure où l'Algérie cherche à devenir moins dépendante de l'or noir, qui représente 60% de son budget mais dont les prix ont considérablement chuté depuis 2014.

Pour le site économique Maghreb Emergent, la situation d'Issad Rebrab, au-delà de ses aspects juridiques, "confirme la vulnérabilité du monde des affaires" en Algérie.

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