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13/10/2015 05:19 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Inscription du massacre de Nankin: le Japon menace de suspendre ses paiements à l'Unesco

Le Japon a menacé mardi de suspendre sa part de financement de l'Unesco pour protester contre la décision de l'organisme onusien d'inscrire des documents relatifs au massacre de Nankin dans son Registre de la mémoire du monde.

Tokyo - qui dit être le deuxième contributeur à l'Unesco après les Etats-Unis - accuse l'instance d'avoir pris une décision politique, en contradiction avec la neutralité qui devrait motiver ses choix.

"Je pense que c'est un problème", a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, ajoutant que le Japon a des "opinions totalement différentes de celles de la Chine" quant à l'histoire du massacre de Nankin.

Les documents relatifs à cette vague d'atrocités commises par l'armée impériale japonaise en 1937 en Chine sont désormais inscrits sur ce Registre de l'Unesco, avait annoncé vendredi l'organisation de l'Onu.

"Nous prévoyons d'examiner toutes les mesures possibles, y compris une suspension de paiement des contributions de notre pays" à l'Unesco, a menacé M. Suga sans plus de précisions. "Nous demandons fermement transparence et équité afin que ce projet éducatif ne serve pas à des fins politiques", a-t-il répété au sujet du Registre, réitérant les protestations émises samedi par la diplomatie nippone.

La Chine n'a pas tardé à réagir. "Ce que le Japon a dit est une menace flagrante. C'est choquant et absolument inacceptable", a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying, au cours d'un point de presse de routine.

"L'Unesco a défendu un objectif et une position juste en enregistrant les documents du massacre de Nankin dans le Registre de la mémoire du monde", a ajouté Mme Hua. "Le dépôt de dossier de la Chine est conforme aux standards de l'Unesco", a-t-elle déclaré.

"La demande d'inscription a été faite sur la base de déclarations unilatérales de la Chine et le Japon considère que ces documents sont incomplets et présentent des problèmes d'authenticité", avait déclaré samedi le ministère japonais des Affaires étrangères.

"Il est extrêmement regrettable qu'une organisation internationale, qui devrait être neutre et juste, fasse entrer ces documents" dans le Registre "malgré les appels répétés du gouvernement japonais", avait poursuivi Tokyo, ajoutant vouloir demander une réforme des procédures d'inscription au Registre.

Cette nouvelle querelle surgit alors qu'est arrivé mardi à Tokyo le conseiller d'Etat Yang Jiechi, diplomate chinois le plus gradé à effectuer une visite officielle au Japon depuis plusieurs années. Il doit rencontrer mercredi le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Le massacre de Nankin, comme les autres exactions perpétrées par les militaires nippons en Asie continentale avant et pendant la Seconde guerre mondiale, est la source de tensions récurrentes entre Pékin et Tokyo.

La prise de Nankin, alors capitale de la République de Chine, avait donné lieu en décembre 1937 à des tueries, meurtres, viols et pillages par les troupes japonaises.

La position officielle du Japon est que "le meurtre d'un grand nombre de non-combattants, des pillages et autres actes ont été commis", mais qu'il est "difficile de déterminer" le nombre exact de victimes. Des nationalistes nient cependant ces atrocités.

La Chine chiffre pour sa part à 300.000 le nombre des morts imputables aux militaires nippons durant les six semaines qui ont suivi leur entrée dans la ville. Selon des universitaires étrangers, le nombre de victimes serait moins élevé.

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