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13/10/2015 10:24 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

En Catalogne, des indépendantistes devant la justice

La "désobeissance civile" présumée des dirigeants catalans, organisateurs d'une consultation interdite sur l'indépendance, en 2014, est au coeur de plusieurs audiences judiciaires, à quelque semaines de la formation d'un nouvel exécutif clairement séparatiste.

Mardi matin, une première responsable, chargée de l'Education, Irene Rigau, a franchi peu avant 10h00 (8h00 GMT) les portes de l'Audience provinciale (juridiction régionale) où elle était convoquée, à Barcelone. Elle était entourée, jusqu'aux abords du bâtiment, par l'essentiel du gouvernement catalan et des dirigeants séparatistes, soit une cinquantaine de personnes.

L'élue s'est vu notifier son inculpation pour "désobéissance civile" et "détournement de fonds publics", pour l'organisation, le 9 novembre 2014, d'une consultation symbolique sur l'indépendance de la puissante région du nord-est de l'Espagne.

L'ex vice-présidente du gouvernement régional, Joana Ortega, devait comparaître mardi après-midi, avant le président sortant du gouvernement catalan, l'indépendantiste Artur Mas, jeudi.

Il avait organisé cette consultation, sans valeur légale, pour remplacer le référendum d'autodétermination en bonne et due forme qu'il réclamait depuis 2012, mais que Madrid refusait.

La Cour constitutionnelle l'avait interdite en faisant valoir que la Constitution ne permet pas d'organiser des consultations régionales sur des sujets qui concernent l'ensemble de la Nation.

La cour, dont les juges sont nommés par le pouvoir, est composée en majorité de conservateurs, soupçonnés par les indépendantistes d'être proches du gouvernement de Mariano Rajoy (droite) fermement opposé à tout référendum.

Quelque 2,3 millions de personnes - sur 7,5 millions de Catalans - avaient participé à cette consultation. Et près de 1,9 million (80%) s'étaient prononcés pour l'indépendance.

- Front uni des séparatistes -

En sortant du tribunal, Irene Rigau a démenti "avoir donné des ordres ou des instructions" aux directeurs d'école pour qu'ils organisent cette consultation, sur la base du bénévolat. Elle a expliqué avoir refusé de répondre aux questions du procureur.

"J'ai comparu avec la conscience tranquille. Dans une société démocratique, il faut pouvoir (....) connaître l'opinion des citoyens", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'elle n'avait pas considéré qu'il s'agissait d'une "activité délictuelle".

Des centaines de militants ont accueilli Mme Rigau aux cris de "In-de-pen-den-cia".

"Nous défendons le droit inaliénable de tout peuple à voter et à décider de son avenir politique", a déclaré Antonio Banos, dirigeant de la liste d'extrême gauche indépendantiste CUP (Candidature d'unité populaire), venu soutenir Mme Rigau.

En dépit de leur front uni face à la justice, les indépendantistes doivent encore s'accorder sur la composition de leur gouvernement.

La coalition Junts pel Si - allant du centre-droit à la gauche - a remporté les élections régionales du 27 septembre, avec 62 sièges sur 135. Mais elle est en négociations avec la CUP (10 sièges) pour former le gouvernement séparatiste censé mener la région vers la sécession en 2017 au plus tard.

La CUP refuse en principe que le président sortant, Artur Mas (centre droit), jugé trop conservateur, dirige le gouvernement régional et réclame des mesures pour aider les plus pauvres. Elle exige en outre que le futur exécutif entame la sécession sans en négocier les modalités avec Madrid.

Les deux listes indépendantistes ont obtenu ensemble une majorité absolue des sièges, mais pas la majorité des voix (47,8%), la société catalane étant profondément divisée sur cette question.

Le projet indépendantiste en Catalogne sera sans doute l'un des principaux thèmes de la campagne pour les législatives du 20 décembre. Tous les grands partis - à l'exception du Parti populaire (droite) au pouvoir - proposent des évolutions constitutionnelles pour résoudre "la question catalane", l'antilibéral Podemos prônant même une nouvelle Constitution.

"Une crise politique ne peut se résoudre qu'avec de la politique", a déclaré mardi le chef de Parti socialiste, Pedro Sanchez. "Le gouvernement d'Espagne ne peut se cacher derrière les tribunaux", a-t-il insisté devant la presse, en défendant la voie de la "négociation, du dialogue et de la réforme pour permettre une cohabitation entre Espagnols".

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