POLITIQUE
13/10/2015 04:52 EDT | Actualisé 14/10/2015 04:11 EDT

Élections fédérales 2015: Trudeau déferait un gouvernement conservateur, critiquerait Poutine

Élu dans l'opposition, Justin Trudeau n'accorderait pas sa confiance à un gouvernement conservateur minoritaire. Élu premier ministre, il savonnerait le président russe Vladimir Poutine dès qu'il en aurait la chance.

Le chef du Parti libéral du Canada (PLC) s'est engagé mardi matin

à voter contre Stephen Harper à la première occasion, c'est-à-dire lors de la mise aux voix d'un hypothétique discours du Trône conservateur.

"Il n'y a aucune circonstance envisageable dans laquelle je pourrais soit lui donner mon appui ou même me croiser les bras pour lui permettre de continuer d'être premier ministre", a indiqué M. Trudeau en marge d'une allocution à Toronto.

Pas question, donc, d'imiter les précédents chefs du PLC, qui avaient préféré s'abstenir à quelques occasions pour éviter la chute des gouvernements conservateurs minoritaires de 2006 et 2008, sans toutefois les appuyer par un vote aux Communes.

"Je me suis impliqué en politique parce que j'étais en profond désaccord avec la vision que Stephen Harper a pour ce pays", a justifié Justin Trudeau.

Dans le scénario plus réjouissant où il serait élu premier ministre dans moins d'une semaine, le leader du PLC a soutenu qu'il n'hésiterait pas à servir une sérieuse mise en garde au président russe Vladimir Poutine.

Il l'a précisé en réagissant à un rapport des autorités néerlandaises sur l'explosion en plein vol, en juillet 2014, d'un appareil de la Malaysia Airlines dans le ciel de l'Ukraine, concluant que l'appareil a été abattu par un missile sol-air Buk.

L'Ukraine et plusieurs pays occidentaux, dont le Canada, croient que l'avion a été détruit par un missile tiré en territoire rebelle par les forces russes ou appuyées par la Russie.

"On a un individu en Vladimir Poutine qui est en train d'avoir des comportements dangereux en Europe de l'Est, nuisibles en Syrie et des actions provocatrices dans l'Arctique", a déploré M. Trudeau.

Ainsi, s'il a l'opportunité de s'entretenir avec l'homme fort du Kremlin à titre de chef du gouvernement du Canada, ce sera pour dire "en pleine face" à ce "tyran" ("bully") sa façon de penser.

"C'est certain que si j'ai la chance de parler avec Vladimir Poutine, je vais lui dire à quel point ses actions sont irresponsables et inacceptables", a soutenu M. Trudeau.

Il lui signalerait également qu'Ottawa se tient aux côtés de ses alliés "pour condamner les actions de la Russie et exiger un changement".

La cour aux progressistes

Après avoir passé sa journée de lundi à courtiser les conservateurs déçus dans des circonscriptions qui avaient été remportées par des candidats bleus en 2011, le chef libéral a décidé de consacrer une bonne partie de celle de mardi dans des comtés torontois qui avaient été peints en orange lors du même scrutin.

Dans le centre-ville de Toronto, où la lutte se joue principalement entre le Nouveau Parti démocratique (NPD) et les libéraux, Justin Trudeau a donc stratégiquement tenté de courtiser la frange plus progressiste de l'électorat.

"Pour cette élection, la plateforme la plus progressiste est la plateforme libérale, a-t-il scandé dans un local électoral bondé du comté de Beaches_East York. Faites votre choix non pas sur les sondages, mais sur les propositions et les plateformes des différents partis", a-t-il plaidé.

Un peu plus tard, dans la cour arrière d'un lounge de la circonscription de Parkdale_High Park, il a ajouté à son discours un élément qui témoigne du sentiment de confiance qui règne actuellement chez les libéraux, qui se retrouvent en position de tête dans certains sondages nationaux.

"On le sent aux quatre coins du pays: nous sommes sur le point de vivre quelque chose d'extraordinairement spécial", a lâché M. Trudeau.

Le chef libéral n'a pas arrêté là ses appels au ralliement, alors que le jour J approche à grands pas.

quelques heures d'un retour de sa caravane au Québec, il a invité les citoyens de la province où sa formation avait fait élire seulement sept députés en 2011 à se rassembler sous la grande tente rouge libérale.

Il a enjoint les Québécois à "se réengager au gouvernement canadien" et à "faire partie d'un gouvernement fort" à Ottawa. "Les Québécois veulent changer de premier ministre, ben pour ça, il faut choisir un premier ministre. Et je demande aux Québécois de faire le bon choix", a affirmé M. Trudeau.

Il a tenu ces propos après avoir sévèrement critiqué les souverainistes lorsqu'un journaliste a évoqué le passage d'un livre

à paraître de Jean-François Lisée, dans lequel le député péquiste écrit qu'il faudrait retarder le droit de vote des immigrants au Québec.

"Que les souverainistes soient en train d'encore une fois souligner la division, la peur de l'autre, est un exemple criant du fait qu'ils n'ont pas de plan, qu'ils n'ont pas de vision pour pouvoir bâtir une économie plus prospère, un pays plus fort", a regretté M. Trudeau.

Et comme on l'a constaté avec l'exemple du niqab pendant la présente campagne, le Bloc québécois et son chef Gilles Duceppe n'ont rien à envier au Parti conservateur de Stephen Harper en matière de tactiques divisives, a enchaîné le leader libéral.

"Je ne sais pas qui est en train d'emprunter de qui, mais que ce soit M. Harper en train de soulever la peur des immigrants ou des femmes voilées ou M. Duceppe en train de le faire, je trouve que c'est une distraction dans cette campagne", a-t-il soutenu.

Justin Trudeau a passé la totalité de la journée de mardi dans Toronto et sa région, à l'instar de ses adversaires Stephen Harper et Thomas Mulcair.

Au total, six escales variées étaient prévues à son itinéraire. La journée s'est terminée avec une célébration de l'Oktoberfest dans la circonscription ontarienne de Kitchener_Conestoga, en soirée.

Là, avant de servir quelques verres de bière, il a prévenu la foule de ce qui risquait selon lui de se produire d'ici le jour du vote, le lundi 19 octobre.

"Les conservateurs de Harper vont faire la seule chose qu'ils savent faire: ils vont sortir des publicités négatives et tenter de nous jouer de sales tours", a-t-il débuté.

"C'est de cette manière qu'ils ont été élus. C'est de cette manière qu'ils ont gouverné. Et si nous demeurons concentrés sur les choses qui comptent pour les Canadiens, c'est de cette manière qu'ils se feront sortir", a conclu M. Trudeau.

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