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13/10/2015 09:57 EDT | Actualisé 13/10/2016 01:12 EDT

Al-Qaïda en Syrie appelle les jihadistes à "tuer" des Russes

Le réseau Al-Qaïda en Syrie a appelé les jihadistes à mener des attaques meurtrières en Russie dont l'aviation a mené ces dernières 24 heures un nombre record de frappes contre les rebelles depuis le début de son intervention dans le conflit.

Etalant à nouveau mardi leurs divergences sur la guerre qui ravage la Syrie depuis plus de quatre ans, le président russe Vladimir Poutine, un allié du régime de Bachar al-Assad, a vertement critiqué les Etats-Unis qui ont parachuté des munitions à des rebelles syriens.

Sur le front, les forces du régime, après quelques succès dans leur contre-offensive appuyée par les frappes russes, ont subi un revers dans leur tentative d'encercler Khan Cheikhoun, un fief des rebelles du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et ont perdu 25 soldats depuis lundi, selon une ONG.

A Damas, deux obus tirés par des rebelles islamistes sont tombés sans faire de victime dans l'enceinte de l'ambassade de Russie, devant laquelle se tenait une petite manifestation de soutien, selon une journaliste de l'AFP et l'ambassade.

Dans un enregistrement audio lundi soir, le chef d'Al-Nosra, Abou Mohammad al-Jolani, a prédit une défaite russe. "La guerre en Syrie va faire oublier aux Russes les horreurs qu'ils ont subies en Afghanistan. Ils vont être brisés, si Dieu le veut, au seuil de la Syrie".

"J'appelle les moujahidine (combattants islamistes) du Caucase à soutenir autant qu'ils peuvent le peuple de Syrie. Si l'armée russe tue notre population, tuez sa population, si elle tue nos soldats, tuez les siens. Oeil pour oeil", a-t-il ajouté.

- Record de frappes -

Pour cela, les multiples groupes rebelles doivent cesser toutes les "disputes jusqu'à la disparition et l'écrasement de la croisade occidentale et de la campagne russe".

Le chef d'Al-Nosra a appelé les rebelles à frapper les villages alaouites, secte hétérodoxe à laquelle appartient M. Assad, et offert 3 millions d'euros pour quiconque tuerait le président syrien et deux millions pour l'assassinat du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, dont les combattants luttent au côté du régime.

Venue à la rescousse du régime syrien qui était en mauvaise posture, la Russie concentre jusqu'à présent ses raids sur le centre et le nord de la Syrie où se trouvent le Front Al-Nosra et ses alliés islamistes, notamment dans les provinces d'Idleb et de Hama.

Selon le ministère de la Défense à Moscou, l'aviation russe a bombardé 86 "cibles terroristes" dans les provinces de Raqa (nord), Hama, Idleb, Lattaquié (ouest)et Alep ces dernières 24 heures, soit un record absolu depuis le début de son intervention le 30 septembre.

Les raids russes sont si intenses que le régime a annoncé la fermeture pour 90 jours renouvelables à l'aviation civile l'aéroport de Hmeimim, au sud de Lattaquié, où sont basés les avions russes.

Les frappes visent à aider l'armée, des milices pro-régime, des combattants du Hezbollah et des militaires iraniens, à reprendre du terrain aux rebelles islamistes à Hama, Idleb et Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

- 'Allumer les fronts' -

L'OSDH a fait état de renforcement d'éléments du Hezbollah à Hama et l'arrivée de milliers de combattants iraniens à l'aéroport de Hmeimim.

Selon une source syrienne, l'un des objectifs est de reprendre à partir de Hama, au sud, et de Lattaquié, à l'ouest, la province d'Idleb pour bloquer l'arrivée de rebelles à partir de la Turquie et parce que c'est dans Idleb que se trouvent de nombreux jihadistes tchétchènes.

De son côté, "l'Armée de la conquête", la puissante coalition regroupant le Front Al-Nosra et d'autres groupes islamistes, a annoncé dans un communiqué qu'elle lançait une offensive "pour libérer Hama et appelé les moujahidine a allumer partout les fronts".

Dans ce conflit rendu très complexe par la multitude des acteurs, les Russes jugent tous ceux qui sont opposés sur le terrain à M. Assad comme des "terroristes", alors qu'Américains et Européens veulent un départ d'Assad et appuient des groupes rebelles qu'ils qualifient de "modérés".

Washington et ses alliés reprochent surtout à Moscou de ne pas concentrer ses frappes sur l'EI, un groupe ultraradical qui est depuis plus d'un an la cible des raids d'une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Réitérant ses critiques, M. Poutine a dénoncé le manque de coopération des Etats-Unis dans le conflit, soulignant qu'"il n'y avait pas de garanties" que les munitions parachutées par les Américains ne tombent pas aux mains des "terroristes".

Ces munitions sont destinées à des "groupes arabes" pour les aider contre l'EI, selon Washington.

Déclenché en mars 2011 par une révolte populaire brutalement réprimée, le conflit en Syrie s'est mué en guerre ouverte qui a fait plus de 240.000 morts, poussé à la fuite des millions de Syriens et provoqué une grave crise migratoire.

lar/sk/tp