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13/10/2015 12:14 EDT | Actualisé 13/10/2015 12:20 EDT

Quand l'accès au fleuve est réservé aux résidents

L'accès au fleuve Saint-Laurent, aux lacs et aux rivières du Québec peut être coûteux. Certaines municipalités facturent le gros prix aux non-résidents, au grand dam des pêcheurs. Une situation que compte bien changer le gouvernement, à temps pour le printemps prochain.

Un texte de Marie-Claude Pednault

Au milieu des années 2000, certaines municipalités de la région des Laurentides ont carrément interdit l'accès à leur lac aux non-résidents. Les Villes invoquaient des questions d'environnement et le trop grand nombre de bateaux sur l'eau. Cette interdiction a été déclarée illégale par les tribunaux.

Les Villes ont répliqué en imposant des tarifs élevés pour l'utilisation de leur rampe de mise à l'eau. À Saint-Adolphe-d'Howard, par exemple, un pêcheur qui n'habite pas le village doit payer 320 $ par jour.

Claude Gagnon, passionné de pêche, en a fait les frais. Il arpente les villes en bordure du fleuve de la région de Montréal depuis 40 ans. Mais depuis quelques années, il a de la difficulté à trouver un endroit pour mettre son bateau à l'eau sans payer.

« Le fleuve, c'est un de nos joyaux, ici au Québec. Le fleuve a une diversité et une qualité de pêche incroyables. Là, ils sont en train de me couper l'accès à un plan d'eau navigable. »

— Claude Gagnon

De pis en pis

Cette année, la situation est pire encore. Plusieurs municipalités riveraines au fleuve Saint-Laurent ont, elles aussi, imposé un tarif. C'est le cas des villes de Varennes, de Verchères et de Repentigny. Les tarifs exigés par ces municipalités aux non-résidents varient entre 300 $ et 600 $ pour la saison.

« Plus de 65 % des utilisateurs de la rampe de mise à l'eau étaient des non-Repentignois. C'est ce qui nous a motivés à instaurer une tarification, pour permettre à nos citoyens d'avoir une priorité », explique le directeur adjoint de la Ville de Repentigny, Dominique Longpré.

Et dans cette municipalité, la tarification a pratiquement fait disparaître les non-résidents. Cette année, seul un non-résident paye pour utiliser l'équipement de la Ville.

L'animateur Martin Bourget parcourt les cours d'eau du Québec pour son émission Loisirs chasse et pêche, et son constat est accablant. « C'est de la discrimination qu'on fait, littéralement. Parce qu'on dit : "Tu n'es pas résident de la place, tu ne viens pas ici." »

Me Luc Gratton, expert en droit municipal, met d'ailleurs en doute la légalité de cette pratique. « On ne doit jamais le faire dans le but d'empêcher des gens d'utiliser leur droit public de navigation », explique-t-il.

Inacceptable, selon Québec

Bonne nouvelle pour les pêcheurs, ils ne sont pas seuls à penser que la situation actuelle doit changer. En entrevue à l'émission de Martin Bourget, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Laurent Lessard, a déclaré que c'était inacceptable.

« Si tu n'es pas capable de pêcher sur le lac, parce que ça coûte trop cher pour la famille, ça n'a pas de bon sens. »

— Laurent Lessard, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs

Une question demeure : le lobby des pêcheurs fait-il le poids devant le lobby des municipalités?

Il semble que oui. Le ministre des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, Pierre Moreau, affirme lui aussi que la situation est intenable. Selon lui, il faut trouver un équilibre entre le droit des Villes à favoriser leurs résidents et le droit des autres Québécois à profiter des plans d'eau.

Avec son collègue Laurent Lessard, Pierre Moreau réfléchit à une solution : instaurer un système de réservation pour les rampes de mise à l'eau similaire à celui de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ).

Le tout devrait être prêt pour la prochaine saison.

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