DIVERTISSEMENT
11/10/2015 09:14 EDT | Actualisé 11/10/2015 09:14 EDT

«Triptyque» des 7 Doigts de la main: le corps à corps entre la danse et le cirque (ENTREVUE/PHOTOS)

Alexandre Galliez

Cofondateur des 7 doigts de la main, Samuel Tétreault ne fait pas les choses à moitié. Imaginant depuis plus de 10 ans un spectacle où la danse se marierait aux disciplines circassiennes, il est passé du rêve à la réalité en s’associant à trois grands noms de la danse contemporaine : Marie Chouinard, Victor Quijada et Marcos Morau. Lui-même interprète, il se retrouve au cœur des trois volets de Triptyque, qui sera présenté à la TOHU du 14 au 25 octobre prochain.

Adolescent, alors qu’il profitait des billets gratuits que lui refilait un ami travaillant à la Place des arts, Tétreault a été particulièrement marqué par les productions de Marie Chouinard, La La La Human Steps et autres grands noms de la danse contemporaine. Plus tard, il a même envisagé quitter l’école de cirque pour être formé en danse. « Finalement, j’ai réalisé que le territoire était plus vaste et moins exploré en cirque contemporain, et que j’aurais sûrement plus d’opportunités en étant un acrobate passionné du mouvement. »

N’empêche, son amour pour la danse ne l’a jamais quitté. « J’ai toujours pris des cours et des ateliers. Quand j’étais en tournée avec le Cirque du Soleil, le Cirque Éloize ou les 7 Doigts, je cherchais un master class en danse dans chaque nouvelle ville où nous allions. J’essaie constamment d’intégrer une recherche chorégraphique dans mes numéros de cirque. »

Dans Triptyque, une trilogie élaborée autour du rapport de l’homme à la gravité, le circassien explore le mouvement plus que jamais.

Quand est venu le temps d’approcher des chorégraphes, il a tout de suite pensé à Marie Chouinard. « Son travail porte une signature authentique et unique qui me touche beaucoup. Il y a dans ses chorégraphies une humanité essentielle et viscérale à la scène. Je savais que notre pièce ne serait pas très circassienne, mais davantage dansée. J’aimais le défi d’être un interprète, sans me réfugier derrière mes habiletés acrobatiques. »

« Anne et Samuel »

Chouinard a imaginé un duo entre la danseuse Anne Plamondon et Samuel Tétreault, qui devront se mouvoir sur béquilles. « L’œuvre est très abstraite. C’est une vision de l’humanité très animale. Marie la décrit comme un duo amoureux intemporel, dans lequel on résumerait ce qui constitue une relation. Avec tout ce que ça implique de magnifique, d’intense et de tragique. C’est subtil et minimaliste. »

« Variations 9,81 »

Le titre de la création de Victor Quijada, fondateur du groupe RUBBERBANDance, fait référence à la valeur moyenne de l’accélération causée par la gravité sur les corps, sur la surface de la terre. « On aborde la thématique tant au premier degré, en parlant de la force à laquelle chaque humain est soumis quotidiennement au coucher et au lever, que d’un point de vue symbolique, en évoquant le dialogue de la danse et du cirque avec la gravité. »

Concrètement, cinq équilibristes tenteront de maîtriser la gravité dans des moments de parfaite immobilité et d’inclure une multitude de mouvements dansés. Un langage hybride créé par Victor Quijada, dont le destin a croisé celui de Samuel Tétreault il y a 13 ans. « Victor a fondé sa compagnie la même année que les 7 Doigts de la main. En 2002, nous avons participé au même showcase et nous étions tombés en amour avec le travail de l’un et de l’autre. Depuis, il a été consultant chorégraphique en 2007 pour le spectacle La Vie et en 2011 pour Psy. »

« Nocturnes »

Un clin d’œil direct aux Nocturnes de Chopin, qui constituent la trame musicale de ce volet, ainsi qu’à l’état de semi-conscience élaboré par le chorégraphe Marcos Morau et la metteure en scène Isabelle Chassé. « On est à mi-chemin entre le rêve et la réalité. Comme lorsqu’on est conscient de rêver ou quand on est réveillé et qu’on laisse sa conscience errer. Sur la scène, on retrouve un lit et plusieurs personnes, sans trop savoir s’ils se connaissent à travers un songe ou dans la réalité. Cet état-là nous permet aussi d’aborder la gravité d’un point de vue métaphorique, soit la place du tragique dans nos existences : la mort, la maladie, les adieux, les accidents, les deuils, les responsabilités importantes, etc. »

Il s’agit de l’œuvre la plus circassienne des trois, avec des passages de sangles aériennes, de corde lisse, de lit suspendu qui balance, de monocycle et de manipulation de boule de cristal.

Virtuosité des corps

Convaincu de pouvoir attirer les amateurs de danse à découvrir le cirque et vice versa, Samuel Tétreault affirme que la rencontre entre danseurs et circassiens offre des parcelles de virtuosité inédites. « Par exemple, dans le numéro de sangles aériennes avec une danseuse et un artiste de cirque, on a droit à quelque chose de génial, que jamais deux circassiens n’auraient pu créer. Les artistes de cirque abordent leur travail avec leurs capacités acrobatiques, alors que la danseuse propose quelque chose de différent et de vraiment cool. Il y a une réelle discussion chorégraphique qui se passe. »

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