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09/10/2015 18:02 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Zunera Ishaq a prêté serment avec son niqab et pourra voter le 19 octobre

MISSISSAUGA, Ont. — La femme qui avait finalement obtenu des tribunaux le droit de prêter serment à visage voilé est officiellement devenue Canadienne, vendredi.

Zunera Ishaq a obtenu sa citoyenneté canadienne lors d'une cérémonie privée à Mississauga, en banlieue de Toronto, a indiqué son avocat, Lorne Waldman. Sur des photographies de presse, on la voit prêter serment portant un niqab aux motifs floraux. La femme de 29 ans souhaitait devenir citoyenne canadienne avant le scrutin du 19 octobre, afin de pouvoir exercer son droit de vote.

Me Waldman a précisé que ce n'est pas Mme Ishaq qui avait demandé une cérémonie privée. Avant de prêter serment, «elle a été emmenée dans une pièce à part, où elle s'est identifiée et a retiré son voile devant une fonctionnaire féminine», a raconté Me Waldman. «Ensuite, nous sommes allés dans le cabinet de la juge pour la cérémonie proprement dite.» Selon l'avocat, «la juge a alors fait une déclaration très touchante sur ce que cela signifie que d'être Canadien». Après quoi, tout le monde a entonné l'hymne national canadien, comme il se doit.

La cause de Mme Ishaq est devenue un des enjeux inattendus de la campagne électorale, une affaire qui, selon la principale intéressée, a mis à mal la perception qu'ont les Canadiens des musulmans en général.

La controverse est née d'une directive ministérielle, décrétée en 2011 par le gouvernement conservateur, qui interdisait la prestation du serment de citoyenneté le visage voilé. Mme Ishaq avait refusé de se plier à cette exigence, invoquant ses croyances religieuses, et elle a contesté la directive ministérielle devant les tribunaux.

En février dernier, la Cour fédérale invalidait la directive sur la forme, estimant que le ministre n'avait pas le pouvoir de décréter une telle interdiction. Le tribunal ne s'est par contre jamais prononcé sur la constitutionnalité du port du voile intégral lors de la prestation du serment de citoyenneté, en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

La Cour d'appel fédérale a maintenu ce jugement en septembre, au beau milieu de la campagne électorale, ce qui a obligé les chefs de parti à se positionner clairement sur le sujet explosif du niqab. Plusieurs observateurs croient que le Nouveau Parti démocratique, qui privilégie le droit individuel de porter le niqab, a alors perdu l'avance qu'il maintenait depuis le début de septembre dans les sondages.

Le gouvernement conservateur, lui, a aussitôt annoncé qu'il contesterait le jugement en Cour suprême, et qu'il déposerait à nouveau, s'il est réélu, un projet de loi (mort au feuilleton en août) pour interdire le port du voile intégral lors de ces cérémonies.

Le chef conservateur, Stephen Harper, a souvent répété que la prestation de serment à visage découvert reflète les valeurs canadiennes et qu'il s'agit d'une mesure nécessaire pour assurer la sécurité nationale. Lors d'un récent débat des chefs en français, il a indiqué que cette mesure, «appuyée par la population», vise à assurer l'égalité entre les hommes et les femmes au Canada.

Mercredi dernier, M. Harper est revenu sur l'enjeu du niqab, annonçant sans crier gare qu'il étudierait aussi la possibilité de l'interdire pour la réception et la prestation de tous services gouvernementaux fédéraux, contredisant ainsi son ministre responsable de la fonction publique, Tony Clement.

Le premier ministre sortant a déclaré que son gouvernement «dit la même chose depuis des mois maintenant»: il examine le projet de loi 62 du gouvernement Couillard, qui obligerait ceux qui donnent et reçoivent des services gouvernementaux à le faire à visage découvert. Selon M. Harper, Ottawa peut «agir d'une façon très responsable» dans ce dossier, comme le fait Québec.

En mars dernier, le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, déclarait qu'il n'était pas question d'interdire le niqab aux fonctionnaires fédéraux, que le seul critère pour un fonctionnaire, c'est d'être «capable de faire le travail», et qu'on ne pouvait imposer une telle interdiction dans un milieu de travail ou dans la vie privée.

Paola Loriggio, La Presse Canadienne