NOUVELLES
09/10/2015 14:29 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Syrie: Obama suspend la formation, se concentre sur les livraisons d'armes

Contrainte de constater l'échec cuisant de son programme de formation de rebelles modérés en Syrie, l'administration Obama a annoncé vendredi qu'elle y mettait fin et se concentrerait désormais sur la fourniture d'armes à des groupes triés sur le volet.

Lancé au début de l'année par les Etats-Unis, le programme de formation et d'équipement, doté de 500 millions de dollars, devait concerner environ 5.000 rebelles syriens par an pour combattre en Syrie les jihadistes du groupe Etat islamique (EI). Ce fut un véritable fiasco: il n'a permis de former que quelques dizaines de combattants.

Ce revirement devrait donner du grain à moudre aux détracteurs de Barack Obama qui dénoncent avec de plus en plus de véhémence ses atermoiements sur la Syrie au moment où la Russie, qui multiplie les frappes depuis dix jours, se positionne comme un acteur incontournable dans le conflit.

"Nous faisons une pause sur la formation menée jusqu'ici", a résumé, en termes diplomatiques, Christine Wormuth, sous-secrétaire à la Défense.

Concrètement, l'armée américaine abandonne la formation d'unités d'infanterie et travaillera désormais avec les groupes sur le terrain qui se battent déjà contre l'EI.

Selon le Pentagone, les Etats-Unis fourniront des équipements et des armes à des chefs de groupes sélectionnés et à leurs unités pour qu'ils puissent mener des attaques concertées dans des zones contrôlés par le groupe Etat islamique.

"Est-il préférable de placer ces gars dans des programmes de formation pendant des semaines ou de les laisser combattre sur le terrain en leur offrant plus de soutien ? Je pense que la bonne réponse est la deuxième et ce ce que nous allons faire", a résumé Brett McGurk, conseiller de M. Obama chargé de la lutte contre l'EI.

"C'est une situation changeante, complexe, nous devons faire preuve de flexibilité", a-t-il ajouté.

- "Confiance en eux" -

La Maison Blanche est resté évasive sur le matériel qui serait livré, évoquant des équipements "de base".

Mais quelles que soient les armes envisagées, comment s'assurer qu'elles ne tombent pas dans de mauvaises mains ? "Dans de nombreux cas, nous travaillons avec ces groupes depuis plusieurs mois, nous avons un haut degré de confiance en eux", a avancé Mme Wormuth.

Le programme d'aide aux rebelles syriens du Pentagone n'est pas le seul soutien apporté par Washington à ces groupes: la CIA a aussi fourni des armes à des rebelles syriens à partir de 2013, et entrainé certains d'entre eux.

La sénatrice républicaine Deb Fischer s'est félicitée, avec ironie, que l'exécutif admette "ce que nous savions depuis quelques temps: l'entraînement des rebelles syriens est un échec".

"S'il est encourageant de voir, enfin, l'administration reconnaître les faits sur le terrain, nous avons incontestablement perdu un temps précieux. Je crains que nos options soient désormais limitées", ajoute-t-elle.

L'exécutif américain insiste inlassablement sur le fait que la solution passe par une transition politique: "en Syrie, vaincre l'EI nécessite un nouveau dirigeant", a lancé M. Obama fin septembre à l'ONU.

L'avenir de Bachar al-Assad est le principal point de désaccord entre Moscou et Washington. La Russie, qui a toujours soutenu le régime de Damas, estime qu'il n'est pas possible de se passer de ce dernier pour lutter contre les jihadistes.

Dans un entretien qui sera diffusé dimanche dans l'émission "60 Minutes" sur CBS, M. Obama a rejeté une nouvelle fois l'idée selon laquelle l'intervention militaire russe en Syrie serait la preuve que Moscou est en position de force. Le président américain y voit, au contraire, un aveu de faiblesse.

"M. Poutine envoie ses troupes, son armée, simplement pour tenter de faire tenir par un fil son seul allié dans la région", a-t-il avancé. "Si vous pensez que d'avoir à envoyer des troupes pour soutenir à bout de bras votre seul allié c'est faire preuve de leadership, alors nous n'avons pas la même définition du leardership".

Les Etats-Unis dirigent une coalition militaire d'une soixantaine de pays, dont le Royaume-Uni, la France et les voisins arabes de la Syrie. Elle a mené depuis un an plus de 5.000 frappes aériennes contre des positions de l'EI en Irak et en Syrie.

bur-jca/vog