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09/10/2015 03:15 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Migrants : meilleur accueil, "hotspots", plus facile à dire qu'à faire

"Ils font 60 km à pied après leur arrivée"? "Oui, 60, six-zéro". Comme le chancelier autrichien cette semaine, les officiels en visite sur Lesbos constatent que dans la crise des migrants, il y a un pas de la décision politique à sa mise en oeuvre.

Werner Faymann est venu sur cette île grecque mardi, en compagnie du Premier ministre grec Alexis Tsipras.

Elle est la première étape en Europe d'une grande partie des migrants venant de la Turquie toute proche. Plus de 400.000 personnes sont ainsi arrivées en Grèce depuis le début de l'année, la plupart par la mer, sur des canots pneumatiques de fortune.

Ce week-end, c'est le haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, qui y fera à son tour une visite.Dans le camp de Moria, le plus grand de l'île, le chancelier Faymann discute avec Zaharoula Tsirigoti, chef de la police de l'immigration en Grèce.

Elle lui apprend qu'à peine débarqués, fatigués, trempés, effrayés après leur dangereuse traversée, de nombreux migrants doivent encore marcher des dizaines de kilomètres, souvent avec de jeunes enfants, pour aller s'enregistrer, à Moria, ou, pour les Syriens, plutôt Kara Tepe, et pouvoir ainsi poursuivre le voyage.

Au fil des semaines, les autorités locales ont mis en place des bus, des bénévoles prennent les marcheurs dans leur voiture. Mais ce n'est pas suffisant.

"Quand ils apprennent qu'ils vont devoir faire tout ce chemin, certains s'effondrent et commencent à pleurer", raconte Albert Roma, volontaire de l'association espagnole Pro-activa.

"Ils arrivent épuisés, remarque Mme Tsirigoti, première femme à un tel poste en Grèce, avec pour chaque famille au moins quatre enfants. Nous voudrions leur épargner cette difficulté supplémentaire, et ouvrir un autre camp d'enregistrement au nord de l'île, puisque c'est là qu'arrivent 90% d'entre eux, et un autre port à l'ouest de l'île" pour les emmener plus rapidement vers le continent, par ferries.

Le mois dernier les dirigeants européens ont décidé de mettre en place des "hotspots" aux frontières de l'UE : outre la prise d'empreintes et les photos, déjà pratiquées à Lesbos, il s'agira de renforcer le tri entre demandeurs d'asile et migrants économiques.

- Deux millions et demi de Syriens attendent -

Ces centres, en Grèce et en Italie, doivent être prêts pour fin novembre.

Mais M. Faymann est rentré à Vienne dépité : "Il suffit de se rendre sur place pour constater que tout manque et que les choses ne deviennent pas réalité juste parce qu'une décision a été prise", a-t-il déclaré à la radio publique autrichienne Ö1.

"Même pour la fin de l'année, je n'y crois que si une coordination centralisée est assurée et énormément plus de moyens et de personnels sont alloués", a-t-il ajouté.

L'Autriche s'est engagée à fournir 100 personnes. Frontex, l'agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures, a promis que 600 personnes, dont ces Autrichiens, allaient être détachées dans ces hotspots.

Le camp de Moria, autrefois camp de rétention pour les migrants, doit devenir un de ces centres.

Pour l'instant, Mme Tsirigoti s'inquiète : "Les arrivées augmentent et il y a encore deux millions et demi de Syriens qui attendent de l'autre côté".

Les Syriens sont pour la plupart dirigés par le site de Kara Tepe, un ancien lieu d'entraînement à la conduite, à la sortie nord de Mytilène, la capitale de l'île.

Sur le site, quatre boxes, où la police, assistée d'interprètes bénévoles, vérifie les passeports, photographie et prend les empreintes digitales.

Début octobre, les familles peuvent encore attendre leur tour à l'ombre des oliviers, tandis que les enfants jouent alentour. "Mais comment on va les abriter quand il va pleuvoir?" s'inquiète un volontaire.

Le haut-commissariat aux réfugiés souhaite de son côté augmenter ses effectifs en Grèce, pour les faire passer de 120 à 200.

"Nous devons mieux vérifier qui est qui, explique Ron Redmond, le porte-parole régional du HCR. En Grèce, on part de rien. L'Italie gère des populations comme celles-ci depuis pas mal de temps, mais pas la Grèce, et il y a beaucoup à faire ici".

Selon les bénévoles, des milliers de non-Syriens, Afghans mais aussi Pakistanais, Iraniens ou Irakiens, prennent le ferry depuis Lesbos pour le continent.

La situation dégénère parfois avec la police débordée. Quelques heures après la visite de MM Tsipras et Faymann, indiquent des bénévoles de l'association Horio Oloi Mazi, elle aurait ainsi fait usage de gaz lacrymogènes et de matraques contre des Afghans, envoyant un homme à l'hôpital.

jph/od/ros