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09/10/2015 15:44 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Le Pérou menacé d'une action en justice d'un fonds d'investissement américain

Le Pérou, qui accueille cette semaine l'assemblée générale FMI-Banque mondiale, est menacé d'une action en justice d'un fonds américain réclamant le remboursement partiel de 5,1 milliards de dollars de dette contractée sous la dictature militaire, a-t-on appris vendredi de sources concordantes.

"C'est ironique que cette menace arrive au moment de rencontres internationales au Pérou, qui continue d'essayer à stopper ce genre de comportements prédateurs", a déclaré dans un communiqué Eric LeCompte, de l'organisation de lutte contre la pauvreté Jubilee USA.

Pendant le régime militaire (1968-1980), le Pérou avait exproprié des millions d'hectares de terre et émis, en compensation, des obligations qui n'ont jamais été payées et qui ont été, en partie, rachetées des années plus tard par le fonds d'investissement Gramercy.

Ce fonds songe à présent à poursuivre le Pérou devant une juridiction internationale pour obtenir le remboursement d'une dette estimée à environ 1 milliard de dollars, selon une source proche du dossier.

Interrogé par l'AFP en marge de la réunion de Lima, le ministre péruvien des Finances a assuré qu'il s'opposerait à toute action judiciaire en dehors de son territoire.

"Cela ne va pas arriver. Les lois péruviennes protègent l'Etat. Il n'y a aucun problème. Cette question sera traitée par les lois péruviennes", a déclaré Alonso Segura.

Contacté par l'AFP, le fonds Gramercy, qui est spécialisé dans les marchés émergents, a fustigé le manque de coopération des autorités.

"Alors que nous cherchions un règlement à l'amiable, nous nous sommes entendu dire, de but en blanc, par un responsable péruvien : +ça ne nous intéresse pas+", a déclaré James Taylor, un représentant du fonds dans un courriel à l'AFP.

Ce fonds assure également que la plus haute juridiction péruvienne a "tronqué" un jugement de 2013 sous la pression des autorités afin d'obtenir des conditions de remboursement beaucoup plus favorables.

"(Cette manoeuvre) destinée à priver les créanciers de leur droit à être légitimement remboursés est choquante", a affirmé M. Taylor dans un communiqué.

Des détenteurs péruviens de dette ont par ailleurs affirmé avoir été privés par le gouvernement du droit de manifester aux abords du centre de conférences du FMI et de la Banque mondiale.

Un autre pays d'Amérique du Sud, l'Argentine, a été attaqué en justice par des fonds américains dit "vautours" qui ont racheté de la dette après la faillite du pays en 2001 et refusé toute restructuration.

La justice américaine leur a donné gain de cause en condamnant l'Argentine à leur verser 1,7 milliard de dollars même si de nombreux recours sont encore en suspens.

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