NOUVELLES
09/10/2015 14:31 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Le Nobel, un soutien à la fragile démocratie tunisienne face aux périls

L'attribution du Nobel de la paix au Dialogue national tunisien constitue une bouffée d'air pour cette fragile démocratie naissante sur laquelle planent de graves menaces sécuritaires qui plombent son économie.

Vendredi, les principaux acteurs du dialogue national de 2013, comme la centrale syndicale UGTT, ainsi que les grandes capitales ont rendu hommage à l'unique transition réussie du Printemps arabe, dont la Tunisie fut le berceau début 2011.

Mais ils ont aussi souligné les défis majeurs --sécuritaires et économiques-- auxquels ce pays reste confronté. Pour les relever, le chef de l'Etat tunisien Béji Caïd Essebsi a lancé un appel à l'unité.

"La guerre que nous menons contre le terrorisme, nous ne pourrons la remporter que si nous sommes tous ensemble", a déclaré le premier président démocratiquement élu, fin 2014, au terme du processus de transition.

"Je crois que la seule arme contre le terrorisme, c'est le dialogue", a renchéri le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH), Abdelsatar Ben Moussa, ONG membre du quartette primé par le Nobel.

Parmi les échecs des gouvernements qui se sont succédé depuis 2011 figure en effet l'incapacité à enrayer la montée d'une mouvance jihadiste extrémiste, responsable de la mort de dizaines de touristes mais aussi de soldats et d'agents de sécurité.

- Pays meurtri -

Cette année, le pays a été particulièrement meurtri par les attentats du musée du Bardo (en mars, 22 morts) et de Sousse (fin juin, 38 morts), tous deux revendiqués par le groupe extrémiste Etat islamique (EI).

Début juillet, la Tunisie, dont des milliers de ressortissants ont été enrôlés dans des groupes jihadistes, a été contrainte de réinstaurer l'état d'urgence ayant prévalu de janvier 2011 à mars 2014.

Perçue comme un risque de retour en arrière en matière de libertés publiques, la mesure a été levée le 2 octobre, à la faveur d'une accalmie sur le front sécuritaire.

Depuis mars, une vingtaine de "cellules terroristes" ont été démantelées, selon le ministère de l'Intérieur. Tunis a par ailleurs entrepris la construction d'un mur à sa frontière avec la Libye, où le chaos a permis l'émergence du groupe EI.

Les alliés de la Tunisie, Etats-Unis et France en tête, ont eux entrepris de renforcer leur coopération sécuritaire: Tunis est devenu "allié majeur non membre de l'Otan" de Washington et Paris a annoncé un programme de 20 millions d'euros en soutien aux forces spéciales et aux services de renseignement.

Mais le péril demeure.

- 'Déclic' -

Le mois dernier, l'avenue Habib Bourguiba, artère principale de Tunis, a été en grande partie interdite aux véhicules pendant plusieurs jours en raison de "menaces".

Ce jeudi, le député Ridha Charfeddine de Nidaa Tounes, première force politique, a été la cible d'une tentative d'assassinat à Sousse, ravivant la mémoire des meurtres des opposants de gauche Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

En 2013, ces assassinats avaient grandement contribué au blocage politique, dépassé grâce au Dialogue national. "La Tunisie a pu, grâce à Dieu et aux efforts de ses enfants, éviter les combats comme ceux qui règnent dans des pays frères, en adoptant le consensus", a noté vendredi le chef historique du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, dont la formation avait consenti à l'époque a céder la place à une équipe apolitique.

Mais, aujourd'hui encore, les différentes théories sur le réel commanditaire de ces meurtres, revendiqués par des extrémistes ralliés à l'EI, témoignent des fractures d'une société exsangue après quatre années de difficultés économiques.

Secteur vital, son tourisme est sinistré. Conséquence des attentats, le nombre d'entrées en provenance d'Europe a chuté de moitié depuis janvier. Plusieurs chaînes internationales fermeront leurs hôtels tout l'hiver.

D'ici 2020, le gouvernement table sur une croissance moyenne de 5%. Mais, en 2015, celle-ci n'excèdera pas 1% et la rentrée a été marquée par le spectre de conflits sociaux (enseignants, transporteurs...). Deux des lauréats du prix Nobel, le syndicat UGTT d'un côté et l'UTICA de l'autre, sont en pleines négociations salariales pour le secteur privé.

"Un Nobel pour une Tunisie en déficit d'image (...) Et si c'était le déclic?", espérait vendredi le quotidien La Presse sur son site internet. "C'est une vraie publicité pour la Tunisie!", a affirmé à l'AFP la présidente de l'UTICA (patronat), Wided Bouchamaoui.

La semaine prochaine s'ouvriront des pourparlers pour un accord de libre-échange avec l'UE, un "signal important" pour signifier que l'Europe est aux côtés (...) des Tunisiens "dans cette situation fragile", a déclaré à l'AFP la commissaire au commerce Cecilia Malström, attendue mardi à Tunis.

bur-gk/iw