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09/10/2015 06:13 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Le combat d'Urmila, ancienne esclave domestique au Népal, pour l'éducation des filles

Urmila, 26 ans, n'a pu aller à l'école que tardivement, après une enfance passée à travailler pour deux familles au Népal. Celle qui rêve aujourd'hui de devenir avocate est l'ambassadrice de Plan International, dans sa campagne pour l'éducation des filles.

Mariages précoces, travail forcé ... "62 millions de filles sont toujours privées d'éducation à travers le monde", rappelle la branche française de l'association internationale de défense des droits de l'enfance, à l'occasion de la 4ème "Journée internationale de la fille", dimanche 11 octobre.

"On compte près de 15,5 millions d'enfants esclaves domestiques, parmi lesquels 70% de filles âgées de 5 à 17 ans (11,3 millions)", ajoute l'ONG.

Après New York ou l'Allemagne les années précédentes, Urmila Chaudhary était à Paris à l'occasion de cette journée, pour témoigner de son engagement dans la lutte contre cette violence faite aux filles.

Née dans une famille pauvre du sud-ouest du Népal, Urmila avait 6 ans quand elle a été envoyée par sa famille travailler comme "kamalari", ou esclave domestique, chez des gens plus aisés, comme c'est la tradition dans son ethnie, a-t-elle relaté à l'AFP.

"Mon père était malade et nous n'avions pas assez d'argent pour l'amener à l'hôpital". C'est son frère aîné, 16 ans, qui a pris la décision. En échange, une somme équivalente à 25 euros par an devait être versée à ses parents, et promesse avait été faite de lui donner une éducation.

"Mes deux soeurs travaillaient déjà. Pour moi, c'était normal d'aider ma famille". Elle voit pour la première fois une maison avec l'électricité, des voitures. Très vite, une des filles se marie et elle la suit comme servante à Katmandou, pour habiter avec la famille du mari. Elle s'acquittera des tâches ménagères, fera les courses, s'occupera des enfants et de la grand-mère. Cette famille ne l'enverra jamais à l'école, et arrêtera au bout de deux ans de verser les sommes promises à ses parents.

- Parrainage d'un couple d'Allemands -

Au bout de huit ans, elle est envoyée chez une parente de la première famille, une femme politique qui reçoit beaucoup, et les choses se dégradent encore. "Je n'avais pas le droit de sortir, je ne pouvais parler à personne, je me sentais comme en prison. Je me levais à quatre heures pour nettoyer, cuisiner, jusqu'à minuit".

A 17 ans, elle voit à la télévision une grande manifestation pour les droits. "Cela m'a ouvert les yeux". Avec l'aide de son frère, elle parvient finalement à rejoindre son village natal, et insiste pour aller à l'école, pour la première fois. "Je voulais apprendre à lire et à écrire, pas la couture ou le tricot. J'avais rencontré des gens éduqués chez ma deuxième patronne, ils parlaient anglais, voyageaient, j'avais compris l'importance de l'éducation".

Avec l'aide d'ONG, et grâce au parrainage d'un couple d'Allemands, elle apprend à lire et à écrire, à parler anglais. Tout en poursuivant ses études, elle préside aujourd'hui une association népalaise venant en aide aux kamalaris, et aimerait devenir avocate pour "lutter contre l'analphabétisme des filles".

Malgré les progrès enregistrés pour la scolaristaion des filles, deux tiers des adultes analphabètes sont des femmes. Et 32 millions de filles et adolescentes n'ont pas accès à l'éducation.

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