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09/10/2015 10:06 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

L'UE s'apprête à suspendre les sanctions contre le président du Bélarus

L'Union européenne s'apprête à suspendre les sanctions visant le président du Bélarus Alexandre Loukachenko, assuré d'être réélu pour un cinquième mandat dimanche, un "geste" en réponse à la libération cet été des derniers prisonniers politiques par son régime autoritaire.

Avant d'entamer la procédure, les Européens attendent néanmoins de voir "comment se déroule" le scrutin dans lequel M. Loukachenko, 61 ans, affronte trois candidats quasiment inconnus, ont expliqué des sources diplomatiques et européennes vendredi à l'AFP.

Ils voudront notamment s'assurer qu'"il n'y a pas de nouvelles arrestations d'opposants, pas de violence, pas persécution de la presse", a expliqué un diplomate.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE vont profiter de leur réunion mensuelle, lundi à Luxembourg, pour prendre connaissance des premiers rapports sur le scrutin des observateurs électoraux déployés au Bélarus par l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a expliqué une source européenne.

La décision de suspendre les sanctions doit formellement être prise avant le 31 octobre, date à laquelle expirent les sanctions actuellement en vigueur, qui visent environ 170 personnes et une vingtaine d'entités, dont le président Loukachenko au pouvoir depuis 1994.

"C'est un geste qui vise à répondre au geste fait par le régime lorsqu'il a libéré les prisonniers politiques cet été", a expliqué un ambassadeur européen à l'AFP, une source européenne y voyant "un signal politique" de Bruxelles à Minsk.

Dans un geste apparent de bonne volonté envers l'UE, les autorités bélarusses ont libéré de prison au cours des derniers mois six opposants, dont Mikola Statkevitch, un ancien candidat à la présidentielle.

Aucun d'entre eux n'a pu se présenter à la présidentielle qui risque d'être surtout marquée par la lassitude des électeurs. L'opposition a appelé au boycott de l'élection et exigé de Bruxelles le maintien des sanctions, qui consistent en un gel des avoirs et une interdiction de voyager dans l'UE.

"Nous voulons nous réengager" envers le Belarus, a affirmé une source européenne, expliquant que l'Union européenne revoyait ainsi sa politique d'"engagement critique", arc-boutée sur les droits de l'Homme, dans l'espoir d'échanges politiques et économiques "plus constructifs".

Les autorités bélarusses ont d'ailleurs déjà été informées, discrètement, de la prochaine suspension des sanctions, a précisé une autre source européenne.

- 'Manger aux deux râteliers' -

Ce virage de l'UE répond aux habiles manoeuvres de l'homme fort du Bélarus dans la crise ukrainienne. M. Loukachenko a cherché à tirer profit des vives tensions entre la Russie et l'UE pour se placer comme médiateur, accueillant de nombreux pourparlers de paix entre Kiev et séparatistes pro-russes dans la capitale Minsk.

La crise née du conflit en Ukraine a d'ailleurs amené les Européens à décréter de lourdes sanctions économiques contre la Russie, qui viendront à échéance fin janvier 2016.

Pour les sanctions bélarusses, l'UE compte procéder en deux temps. Fin octobre, elle devrait formellement les prolonger de quatre mois, jusqu'à fin février 2016, et en même temps suspendre leur application, a précisé une source européenne.

Les 28 prendront ensuite le temps en début d'année prochaine de décider s'ils annulent complètement les sanctions concernées, imposées depuis 2004 par vagues successives.

M. Loukachenko est lui visé depuis janvier 2011, en protestation contre la répression violente qui avait suivi sa réélection en 2010.

En revanche, cette décision de suspendre les sanctions ne concerne pas quatre personnes accusées d'être impliquées dans la disparition d'activistes politiques, qui continueront d'être placées sur la liste noire de l'UE. L'embargo européen sur les armes et le matériel pouvant être utilisé pour réprimer la population est également maintenu.

"Nous ne nous faisons pas trop d'illusions, Loukachenko reste un dictateur", a observé l'ambassadeur européen, en rappelant que Washington l'avait décrit comme "le dernier dictateur d'Europe". Mais "il apparaît de plus en plus clairement qu'il a envie de manger aux deux râteliers" tendus par Moscou et Bruxelles.

Pour l'écrivaine bélarusse Svetlana Alexievitch, très critique à l'égard du régime Loukachenko et qui a reçu jeudi le prix Nobel de littérature, rien n'a vraiment changé.

"Il ne faut pas faire de concessions devant un pouvoir totalitaire", a souligné cette voix dissidente.

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