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09/10/2015 12:25 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

L'OCDE, l'expert préféré des pays riches

Le point commun entre un collégien finlandais, une banque suisse et Apple ? L'OCDE, organisation libérale qui végétait dans son château parisien, avant de se reconvertir en centre d'expertise incontournable.

Vendredi à Lima, l'Organisation de coopération et de développement économiques a été couverte de louanges lorsque les ministres des Finances du G20 ont adopté l'arsenal conçu par elle pour faire enfin payer des impôts à Apple, McDonald's et autres multinationales.

"Nous devons beaucoup à l'OCDE", a ainsi déclaré l'Italien Pier Carlo Padoan. Même l'austère Wolfgang Schäuble y est allé de son petit compliment pour cette organisation regroupant 34 pays développés.

Le travail sur le contournement des impôts par les multinationales a été orchestré par le Français Pascal Saint-Amans, qui raconte ainsi ses débuts: "Quand j'ai commencé ma carrière (au ministère des Finances français) en 1996, on m'a envoyé rendre une visite à l'OCDE. Je me suis dit +Mon Dieu, pourvu que je ne finisse jamais là-dedans+", dans cette "organisation de seconde zone".

En 2007, le haut fonctionnaire y retourne pourtant. Peu après, selon ses mots, l'OCDE "décolle" grâce à son secrétaire général, Angel Gurria, qui en est à son troisième mandat.

Le Mexicain, arrivé à sa tête en 2005, a remis sur le devant de la scène une organisation vieillotte, émanation du bloc de l'Ouest du temps de la guerre froide.

Utilisant la réputation qu'il s'est faite en renégociant habilement la dette du Mexique, dont il a été ministre des Finances, M. Gurria s'impose à la table du G20.

Secoué par la crise de 2008, ce groupe des grandes puissances, qui n'a pas de secrétariat permanent, est bien content de déléguer à l'OCDE le chantier très technique de la lutte contre l'évasion fiscale.

M. Gurria assure aussi dans le monde entier le service après-vente de multiples rapports de l'OCDE: des évaluations des systèmes scolaires (Pisa) consacrant une année la Finlande, l'autre l'Asie, des études sur les inégalités, des listes de paradis fiscaux pointant la Suisse...

"Aujourd'hui l'OCDE est plus pertinente, a plus d'impact, peut-être parce que nous avons mieux identifié les sujets qui intéressent nos membres", selon son secrétaire général.

Les gouvernements se pressent pour écouter les recommandations, toujours joviales et facultatives, de M. Gurria.

Le Premier ministre grec de gauche Alexis Tsipras lui-même dit se sentir "à l'aise" avec cette institution, qui pourtant prône la flexibilité du marché du travail et la maîtrise des dépenses publiques.

"L'organisation ne s'est pas transformée en repère de trotskystes", rigole Pascal Saint-Amans. "Les fondamentaux restent libéraux."

L'institution recrute comme un cabinet de conseil privé, pour de courtes missions bien payées: 4.200 euros par mois pour un chargé de communication sur les réseaux sociaux, jusqu'à 6.800 euros pour un spécialiste en "modélisation" dans le domaine des transports.

Le tout exonéré d'impôt sur le revenu: l'OCDE, chantre de la justice fiscale, bénéficie comme d'autres organisations internationales d'une exemption.

Mais le monde selon l'OCDE ne convainc pas toujours.

L'an dernier, des universitaires du monde entier ont publié dans le Guardian une tribune contre les tests scolaires Pisa, jugés trop utilitaristes et quantitatifs.

Le pilotage par ce "club des pays riches" des négociations fiscales internationales est également critiqué.

"Les pays en développement ne sont pas impliqués dans les négociations, or quand on n'est pas assis à la table, on finit dans les assiettes", selon Manon Aubry, de l'ONG Oxfam France.

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