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09/10/2015 09:55 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Dialoguer avec les islamistes, "c'est possible" (présidente du comité Nobel)

La médiation entre les islamistes et leurs opposants conduite en Tunisie par le quartette d'organisations qui a reçu le prix Nobel de la paix vendredi montre qu'il est "possible de dialoguer" avec les islamistes, a expliqué à l'AFP la présidente du comité Nobel, Kaci Kullmann Five.

Q: Pourquoi donner le Nobel à un mouvement en Tunisie plutôt qu'à un autre pays arabe?

R: Nous avons décidé d'attribuer le prix au quartette pour le dialogue national tunisien parce qu'il a apporté des contributions décisives à l'édification d'une démocratie pluraliste en Tunisie (...) C'est à un moment où le processus de démocratisation était en danger de s'effondrer totalement que ces quatre organisations (le syndicat UGTT, le patronat UTICA, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme et l'Ordre des avocats, ndlr) ont formé le quartette, qu'elles ont agi à l'unisson avec leur autorité morale pour sauvegarder et encourager les progrès.

Q: Êtes-vous satisfaite de la situation en Tunisie aujourd'hui?

R: La Tunisie (...) bien sûr fait face à des défis politiques significatifs dans l'arène politique, l'arène économique et la sécurité. C'est pourquoi il est si important et opportun de braquer aujourd'hui les projecteurs sur ce qui a été réalisé en Tunisie par opposition à de nombreux autres pays et (...) d'aider à sauvegarder ces résultats positifs et, j'espère, inspirer d'autres développements positifs dans le pays.

Q: Pensez-vous que le dialogue soit nécessaire entre toutes les forces politiques, même quand elles sont extrémistes ou fondamentalistes d'un point de vue religieux?

R: Ce que l'on a vu en Tunisie, c'est que des partis islamistes (...) ont réussi à s'asseoir, à mettre de côté certaines des choses qu'ils exigeaient par exemple dans la Constitution, à écouter les autres, à tomber d'accord avec eux, à trouver un consensus qui a fini par garantir les droits fondamentaux de tout le monde en Tunisie, y compris les femmes (...) Cela a donc été un exemple très, très important, exemplaire à nos yeux. Il est possible de le faire si on en a la volonté (...). Cela a été fait et cela peut être imité si les personnes composant les différents mouvements politiques, qu'ils soient islamistes ou laïques, ont la volonté de coopérer dans l'intérêt du peuple.

Faire la guerre ne sert pas l'intérêt du peuple. Le priver de démocratie, le priver des droits fondamentaux crée des réfugiés, plutôt que des citoyens désireux de soutenir leur propre pays et de faire avancer le progrès.

Propos recueillis par Antoine BOUTHIER

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