NOUVELLES
09/10/2015 09:23 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Cellou Dalein Diallo, le technocrate devenu chef de l'opposition

Le principal opposant guinéen, Cellou Dalein Diallo, 63 ans, passé par la haute administration puis pendant dix ans au gouvernement sous le régime autoritaire du général Lansana Conté, avant de devenir le chef d'un grand parti d'opposition en 2007.

Frêle et invariablement élégant, dans des costumes classiques ou de grands boubous clairs assortis à des toques brodées, ou en saharienne lorsqu'il fait campagne, cet homme à la voix douce et aux allures de Gandhi se montre posé et diplomate en tête à tête.

Mais il se révèle aussi charismatique et émotif face aux masses de partisans redoutés, totalement acquis à sa cause, qui peuvent former d'immenses foules à Conakry.

Ses détracteurs lui reprochent d'être un "pur produit du système Conté" et l'accusent de s'être enrichi sous le règne du défunt général. Mais ses partisans valorisent au contraire sa longue expérience de "grand commis de l'Etat".

Membre de l'ethnie peule, considérée comme la première du pays, "Dalein" est issu d'une famille d'imams du village de Dalein, proche de Labé où il est né le 3 février 1952, dans le Foutah Djallon (Moyenne-Guinée).

Dans cette région de rayonnement de l'islam, il aime à rappeler que son grand-père était "le grand érudit Thierno Sadou de Dalein qui avait écrit 35 ouvrages en arabe".

Elevé au village, dans une famille nombreuse - son père avait "quatre femmes et une vingtaine d'enfants" - il fréquente l'école coranique et l'école française, passe le baccalauréat à Labé puis étudie la gestion à l'université de Conakry. A 24 ans, il intègre la fonction publique.

Sous le premier président de la Guinée indépendante, le dictateur Ahmed Sékou Touré (1958-1984), il est nommé en 1974 au sein de la direction d'une société d'Etat.

Sous le régime militaire de Lansana Conté (1984-2008), il rejoint la Banque centrale puis l'administration générale des grands projets à la présidence.

En 1996, il entre au gouvernement pour 10 ans, d'abord comme ministre des Transports de Sidya Touré, également candidat à la présidentielle, puis passe d'un portefeuille à l'autre, de l'Equipement jusqu'à la Pêche.

- Battu sur le fil en 2010 -

Fin 2004, le général Conté, malade, le choisit comme Premier ministre, lui offrant l'occasion de développer un vaste réseau de relations internationales.

Sous Conté, "les conditions de vie des populations ne se sont pas améliorées de manière significative en raison de la corruption, de l'impunité et de la résistance aux changements", reconnaissait-il lors de la présidentielle de 2010, expliquant son limogeage en 2006 par sa volonté "d'améliorer la gouvernance" et de s'attaquer "à la mafia autour du président".

En 2007, il prend la tête d'un grand parti d'opposition, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

Quand Conté meurt de maladie, fin 2008, comme la plupart des dirigeants politiques, il prend acte du putsch de jeunes officiers, sans s'y opposer, pour favoriser une transition apaisée.

Mais la désillusion s'installe vite, et le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, fait de Cellou Dalein Diallo une de ses bêtes noires.

Le 28 septembre 2009, au moment du massacre de 157 opposants, dont de nombreux militants de l'UDFG, par des militaires au stade de Conakry, il est roué de coups, grièvement blessé, et hospitalisé à Paris.

Malgré cet antagonisme, il scelle en juin 2015 une alliance électorale avec Moussa Dadis Camara, en exil au Burkina Faso, prévoyant un accord de désistement au second tour, qui fera long feu, la candidature ce dernier, inculpé le 8 juillet, ayant été invalidée.

En 2010, Cellou Dalein Diallo brigue la présidence pour la première fois et paraît en passe de l'emporter, avec 43,69 % des voix au premier tour, loin devant le deuxième, l'ancien opposant historique Alpha Condé, avec 18,25 % des suffrages.

Mais Alpha Condé, engrangeant ralliements et reports de voix d'autres candidats, est proclamé vainqueur. Sous pression, Cellou Dalein Diallo reconnaît sa défaite, malgré l'immense déception de ses partisans, déterminés aujourd'hui à obtenir leur revanche.

bur-sst/cs/jhd