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09/10/2015 05:09 EDT | Actualisé 09/10/2016 01:12 EDT

Au Bénin, les hommes d'affaires rebattent les cartes de la présidentielle

Une bataille politique d'un nouveau genre se dessine pour la présidentielle de 2016 au Bénin, où d'influents hommes d'affaires sortent de l'ombre et passent du statut de financier à celui de candidat à une élection qui s'annonce très ouverte.

Le président Thomas Boni Yayi, au pouvoir depuis 2006, a promis que son "nom ne figurera plus jamais sur aucun bulletin de vote". Et même si certains craignent qu'il ne cherche à supprimer la limitation des mandats pour en briguer un troisième à l'instar d'autres dirigeants africains, la succession est ouverte.

Les prétendants ne pourront officiellement se déclarer qu'en janvier et la campagne ne débutera que deux semaines avant le scrutin prévu le 28 février, mais deux hommes, Sébastien Ajavon et Patrice Talon, s'illustrent déjà.

Patrice Talon, 57 ans, principal opposant au chef de l'Etat, est rentré jeudi à Cotonou après deux ans d'exil et a confirmé implicitement sa candidature à la présidentielle. "Cette question ne se pose plus", a-t-il affirmé aux journalistes devant son domicile, il "ne reste qu'à en définir les contours, le cadre, aller au charbon".

Quant aux partisans de Sébastien Ajavon, 50 ans, président du patronat au Bénin et qui a fait fortune dans l'agro-alimentaire, ils battent d'ores et déjà campagne pour lui.

"Tout change aujourd'hui", estime l'analyste politique Beo Cephise Aguiarcar. "Ce qui fait que ces candidatures sont prises au sérieux, c'est la puissance financière de ces hommes d'affaires et le fait que, par ce biais, ils tiennent chacun de leur côté tels ou tels acteurs politiques".

Patrice Talon, par exemple, a financé les campagnes présidentielles de M. Boni Yayi en 2006 et 2011.

Presque tous les weekends désormais, un ballet de véhicules arpente villes et cantons du pays avec à leur bord candidats potentiels ou leurs soutiens, à l'assaut des électeurs.

- 'Changer les choses' -

A Godomey, dans les faubourgs de la capitale économique, Cotonou, les partisans de Sébastien Ajavon sont à la manoeuvre, et échangent avec la population.

"Vous savez tous ce que le régime Yayi nous a fait subir. Cette fois il faut changer les choses et choisir Ajavon, un homme d'affaires qui a fait ses preuves", lance Affissou, un des jeunes partisans.

Le Bénin et ses 10,6 millions d'habitants est classé par la Banque mondiale dans la catégorie des pays à faible revenu, avec des indicateurs bas sur la santé et l'éducation.

M. Boni Yayi a tenté sans succès de juguler la corruption et de stimuler la croissance du Bénin dont l'économie, peu diversifiée, s'appuie essentiellement sur l'agriculture et le commerce de transit et de réexportation vers son voisin et principal partenaire, le Nigeria.

Patrice Talon avait été accusé d'être le cerveau du complot d'une tentative d'empoisonnement contre le président en 2012, puis d'être impliqué dans une tentative d'attentat à la sûreté de l'Etat en février 2013, avant d'être pardonné par M. Boni Yayi l'année suivante. Certains ont vu dans l'affaire Talon une machination visant à écarter un allié devenu trop dangereux pour le pouvoir.

Ces accusations n'ont pas empêché l'homme d'affaires, depuis son exil à Paris, de rester très actif au sein de l'opposition. Sans attendre son retour au Bénin jeudi, proches collaborateurs et amis politiques ont multiplié meetings et rencontres pour préparer le terrain à la candidature de l'ancien "roi du coton" béninois, qui contrôlait aussi le port de Cotonou.

Derrière ce duo, pointe le banquier d'affaires franco-béninois Lionel Zinsou, nommé Premier ministre en juin à la surprise générale, à moins d'un an de la fin du mandat du président. Dans la classe politique béninoise, certains se demandaient s'il ne s'agissait pas de positionner M. Zinsou, 60 ans, comme futur dauphin du président.

Même si Lionel Zinsou a démenti toute ambition présidentielle, le parti du président, le FCBE (Forces Cauri pour un Bénin émergent) n'a toujours pas déclaré de candidat.

Pour l'éditorialiste Adrien Amoussou, "la présence des hommes d'affaires en politique est le signe de l'échec même de la classe politique", qui doit en "tirer des conséquences".

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