DIVERTISSEMENT
08/10/2015 06:27 EDT | Actualisé 08/10/2015 06:27 EDT

St Germain de retour avec de la deep-house afro

Figure importante de la French Touch, Ludovic Navarre, alias St Germain, avait contaminé le monde entier avec la musique électro-blues jazzy de ses deux albums mythiques Boulevard (1995) et Tourist (2000). Après avoir fait un tabac avec plusieurs morceaux (comme Rose Rouge) issus de son second disque, il a donné plus de 300 spectacles aux quatre coins du globe. À la suite d’une longue « pause » méritée, St Germain revient avec un album homonyme de deep house aux sonorités maliennes. Discussion transatlantique.

Outre la musique électronique, Navarre s’est intéressé à de nombreux genres musicaux au fil de sa carrière. Il s’est passionné de la musique techno de Detroit ou encore de la house de Chicago. Le Français s’est aussi intéressé au jazz, au hip-hop et bien entendu aux différents styles de blues. Aujourd’hui, il propose un pont musical entre l’Afrique et l’Occident.

«Après tout ce temps, eh oui, j’avoue, lance Navarre au bout du téléphone. J’ai commencé à chercher pour cet album en 2006. En fait, j’ai eu plusieurs phases. Au début, j’avais fait un peu le même genre que Tourist. Ça ne m’a pas trop plu. Ça ressemblait trop à ce que je faisais avant. Donc, j’ai tout effacé. Ensuite, j’ai commencé à me dire que j’aimerais bien mélanger à ma musique des sonorités africaines. Il y a eu les influences du Nigéria. Mais, je n’ai pas apprécié plus que ça non plus. Ensuite, j’ai dérivé vers le style ghanéen. Pas super… Finalement, je suis arrivé à trouver dans la musique malienne (autour de 2010).»

Au départ, Ludovic Navarre voulait enregistrer le nouvel album avec les mêmes musiciens que ceux qui avaient collaboré à l’opus Tourist.

Mais les plans ont changé : « Je n’avais pas le feeling. J’ai donc dû trouver des musiciens maliens, qui avaient en eux cette culture, cette sensibilité que je recherchais. Excepté deux voix qui sont au Mali (la chanteuse Nahawa Doumbia et le chanteur-violoniste Zoumana Téréta), ils vivent à Paris. Une fois que j’ai trouvé, on a dû s’accorder, se comprendre, se connaître… »

En boucle

Ainsi, c’est dans la forte communauté de musiciens africains à Paris que Ludovic Navarre a recruté des joueurs de balafon, de violon peul

(une corde), de kora ou encore de n'goni, une sorte de luth. À vrai dire, il n’est jamais allé au Mali. Les artistes en France étaient amplement suffisants en nombre et en qualité afin de créer son nouveau disque, auquel il a ajouté guitares électriques, claviers, saxophones et séquences électroniques.

« Après tout ce temps de recherche, j’ai fini par enregistrer les différents instruments, raconte Navarre. Le plus drôle, c’est que la phase du montage a été tout aussi longue. J’ai mis plus d’un mois par morceau [...] Je devais les restructurer et faire comme si tout le monde avait joué en même temps. Car l’une de mes particularités, c’est d’enregistrer les musiciens un par un. C’est une technique de travail un peu spéciale qui me permet de piger, de travailler avec ce que j’aime. Parfois, j’aurais préféré qu’on soit tous ensemble pour l’ambiance, mais bon… Durant tout ce temps, je n’ai pas fait de scène. Et j’ai pris un peu plus de trois ans à faire l’album. »

C’est donc dans son studio de Montmartre qu’il a écouté sans arrêt tous ces enregistrements afin de fignoler ces sons répétitifs (qui créent les fameuses boucles dont se sert si souvent Ludovic Navarre) et ces ambiances qui caractérisent le son St Germain.

Afro-deep et Real Blues

Pour décrire son travail, Navarre utilise l’étiquette afro-deep, un sous-genre de la musique house. «C’est de la deep house avec des influences africaines. Je pense à la house d’Afrique du Sud. Elle a des influences de la deep house américaine, mais elle a ses propres couleurs aussi. Bref, sans dire que ma musique appartient à ceci ou cela, je me suis certainement inspiré d’un peu tout ça», explique le musicien.

Même approche pour le blues qui, selon Navarre, est indissociable de l’histoire africaine. D’ailleurs le premier titre de l’album, Real Blues, ne pourrait être plus éloquent. D’ailleurs, Navarre précise qu’il a consacré la chanson How Dare You à la rencontre du blues américain et du blues africain. «J’ai eu envie de mélanger la voix du bluesman (américain) R.L. Burnside avec celle de Zoumana (le chanteur malien). Ça me faisait plaisir de réunir une voix de chaque continent.»

La tournée

Après plusieurs dates en Europe, St Germain visitera l’Australie, le Japon et les États-Unis. Bien que rien n’est encore confirmé pour le Canada, l’artiste a indiqué qu’il compte bien venir à Montréal et à Québec. Pour ces nouveaux concerts, il sera accompagné de sept musiciens (kora, guitare, n'goni, bassiste, percussions, clavier, saxophone, flûte). «Moi, je serai caché quelque part dans le noir, avec mes machines, si je peux (rires). Pour le reste, ça va être mortel, je veux dire génial !»

* * * *

St Germain

House, blues, jazz

Parlophone/Warner Music

Sortie le 9 octobre