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07/10/2015 15:06 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

Un nouveau titre déboule en trombe dans la foisonnante presse digitale en Espagne

Un nouveau titre, El Español, lancé avec des moyens colossaux par un des journalistes les plus influents d'Espagne, s'est ajouté mercredi à l'éventail déjà très riche des médias digitaux dans ce pays.

A l'approche des élections législatives du 20 décembre, c'est une nouvelle épine dans le pied du chef du gouvernement Mariano Rajoy, que le fondateur d'El Español, Pedro J. Ramirez, plus connu comme "Pedro Jota" (la lettre J de son second prénom), poursuit de sa vindicte depuis des années.

Pedro Jota, 63 ans, a réuni 18 millions d'euros pour lancer le nouveau média en ligne, dont 3,6 recueillis par "crowdfunding" et 5 millions d'indemnités reçues lorsqu'il a été licencié en 2014 de El Mundo. Auteur de nombreux scoops, il avait été un des fondateurs de ce journal conservateur et en avait fait le deuxième tirage du pays derrière El Pais, proche du Parti socialiste.

Pedro J., portant larges bretelles et cravates colorées, ne croit plus à l'avenir du papier. D'ici 10 ans, dit-il, la majorité de la presse espagnole sera digitale. Il cite en exemple El Confidencial, média en ligne né en 2001, qui réalise un chiffre d'affaires de plus de 9 millions d'euros et ne vit que des annonceurs, comparable à celui de Mediapart en France, financé par les abonnements.

De fait, les médias numériques foisonnent en Espagne, beaucoup lancés par des journalistes licenciés des médias traditionnels pendant la crise économique de 2008 à 2013. "La crise a accéléré la reconversion et le pluralisme médiatique", explique Juan Luis Manfredi, professeur de journalisme à l'université de Castilla-La Mancha.

- Conversion au digital -

"Nous avons déjà réalisé la conversion au digital", estime-t-il. "Les médias traditionnels utilisaient l'édition en ligne comme un sous-produit, une seconde plateforme, les nouveaux médias font l'inverse, ils visent d'abord les téléphones portables et les tablettes, et le papier ensuite si c'est nécessaire".

C'est le cas d'ElDiario.es, un digital de gauche lancé en 2012, que le professeur classe "parmi les cinq médias espagnols les plus puissants, par le chiffre d'affaires, le nombre de visites et l'influence", qui publie aussi une revue.

Avec El Diario et El Confidencial, "l'Espagne possède déjà deux grands médias rentables et qui fonctionnent très bien, dit-il, mais si un lecteur ne veut plus acheter un titre en kiosque, il peut trouver tout l'éventail politique en ligne.

La liste s'étend de VozPopuli, un site très à droite qui a révélé l'enquête judiciaire contre l'ancien directeur du Fonds Monétaire International Rodrigo Rato, au conservateur El Español, né quelques jours après Bez.es.

Bez s'est lancé le 28 septembre avec un capital de 500.000 euros, pour "contribuer à la consolidation de démocratie, par le dialogue et l'analyse", explique Juan Zafra, un de ses deux fondateurs.

De nombreux titres sont nés récemment dans l'effervescence politique d'une année électorale, où beaucoup d'argent a été brassé, "mais je demande à voir combien survivront jusqu'en 2017", dit Manfredi.

Pedro J. n'a pas ce souci dans l'immédiat. Avec son trésor de guerre, El Español, qui se financera par les abonnements et la publicité, ne doit pas gagner d'argent avant trois ans, avance-t-il.

Contrairement aux grands journaux fortement endettés qui se montrent timorés envers leurs annonceurs, Pedro J. veut faire de l'Espagnol "un journal indomptable (...) qui n'hésitera pas à dénoncer les abus du pouvoir".

Pedro J. a dévoilé dans les années 1990 les liens du gouvernement socialistes avec les clandestins du GAL, qui assassinaient des membres de l'ETA. Plus récemment, il a révélé un message d'appui de Mariano Rajoy à l'ancien trésorier de son parti conservateur, Luis Barcenas, emprisonné pour détournement de fonds et pour avoir géré une caisse noire du parti.

"C'est sans aucun doute le journaliste espagnol le plus influent depuis la transition", estime Juan Luis Manfredi. "Mais c'est aussi un personnage assez changeant, controversé parce qu'on ne sait jamais où il va".

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