NOUVELLES
07/10/2015 12:02 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

Nobel : comprendre la "boîte à outils des cellules" pour mieux traiter le cancer

La compréhension des mécanismes de réparation de l'ADN par les trois lauréats du prix Nobel de Chimie pourrait permettre d'améliorer les traitements contre le cancer notamment en accroissant l'efficacité de la chimiothérapie, selon des scientifiques.

Le Suédois Tomas Lindahl, l'Américain Paul Modrich et le Turco-Américain Aziz Sancar ont décrypté la "boîte à outils des cellules" en identifiant les protéines intervenant dans le mécanisme de la réparation de l'ADN des cellules.

"Notre ADN est constamment en train d'être endommagé", explique à l'AFP Terence Strick, directeur de recherche CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) à l'Institut de biologie Jacques Monod à Paris. "Par les UV du soleil, les produits toxiques contenus dans la fumée du tabac, les rayonnements ionisants mais également lorsque l'ADN se réplique, des erreurs sont introduites".

Pour remédier à ce phénomène, des molécules de réparation de l'ADN fonctionnent constamment. Elles sont essentielles à la survie des cellules, qu'elles protègent de l'apparition de mutations susceptibles de provoquer un cancer. Suivant les personnes, les cellules fabriquent plus ou moins de ces protéines de réparation.

Les découvertes des trois chercheurs "ont d'abord aidé à comprendre le mécanisme initial de développement des cancers", déclare à l'AFP Alain Sarasin, directeur de recherche émérite CNRS à l'Institut Gustave Roussy. Elles aident aussi à mieux connaître certains cancers lorsqu'ils sont d'origine génétique (côlon, sein).

"Une fois que le cancer s'est déclaré et qu'on essaye de le traiter par chimiothérapie, ces molécules de réparation peuvent à nouveau intervenir", note Terence Strick.

- Détricotage du travail des médecins -

La chimiothérapie vise à endommager l'ADN des cellules malades. Mais "les systèmes de réparation d'ADN vont essayer de détricoter le travail des médecins en enlevant les dégâts que ceux-ci essayent d'infliger aux cellules cancéreuses", explique Terence Strick.

Chez les patients qui ont des niveaux de réparation d'ADN élevé, les cellules cancéreuses parviennent parfois à survivre à la chimiothérapie du fait de ce mécanisme de défense.

"Mieux comprendre ces mécanismes permet de tester les capacités de réparation des malades" et de personnaliser leur traitement, explique M. Sarasin.

Certains chercheurs vont plus loin. Maintenant que les ingrédients de la réparation sont identifiés, "on va essayer de créer des molécules qui vont inhiber la réparation de l'ADN", explique Jean-Marc Egly, directeur de recherche à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) en France. "On va pouvoir faire des bi-thérapies", estime-t-il.

"Si vous combinez la chimiothérapie avec d'autres médicaments qui peuvent empêcher la réparation de l'ADN (des cellules tumorales), le traitement pourrait être plus efficace", considère Nora Goosen, chercheuse à l'Université de Leiden aux Pays-Bas.

Alain Sarasin se montre plus réservé sur ce point. "Le problème, c'est que pour le moment on ne sait pas cibler les cellules tumorales spécifiquement. Donc, si vous donnez au malade une molécule qui inhibe la réparation des cellules cancéreuses, cela risque d'empêcher aussi la réparation des autres cellules comme les globules blancs" et d'être "toxique", souligne ce spécialiste.

Chaque année, le cancer tue environ huit millions de personnes dans le monde.

lc-pcm/jm/na/mct