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07/10/2015 05:13 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

Lemkos, Grecs... les minorités ukrainiennes s'intégrent chez les rebelles prorusses

Pavlo Markovitch, 70 ans, a été déporté de Pologne à sa naissance avec d'autres Lemkos, une minorité ethnique ukrainienne originaire des Carpates, vers les steppes de l'Est. Il y a vécu dans un petit village, aujourd'hui sous contrôle des séparatistes prorusses.

Le village de Peremojné, situé à quelques kilomètres des ruines de l'aéroport du bastion séparatiste de Lougansk, avait été créé dans les années 1944-1946 par les Lemkos, déportés loin de leurs terres d'origine dans le cadre d'un accord entre les Soviétiques et le gouvernement polonais. Cette déportation avait été organisée pour réprimer ce que les autorités considéraient comme leurs sentiments nationalistes et anti-soviétiques.

Ce petit groupe ethnique qui parle un dialecte ukrainien et dont les membres sont généralement greco-catholiques a été séparé au 20e siècle entre la Pologne, la Slovaquie et l'Ukraine alors soviétique.

Le roi du pop-art américain Andy Warhol était d'origine lemko.

A Peremojné, les habitants n'ont été naturalisés Ukrainiens que plusieurs années après l'indépendance de cette ex-république soviétique en 1991.

Le conflit qui a éclaté en avril 2014 et a fait plus de 8.000 morts a divisé cette petite communauté: les uns ont rejoint les rangs des rebelles prorusses, les autres espèrent toujours le retour des forces ukrainiennes.

Cible de bombardements successifs des rebelles et de l'armée ukrainienne, le village de 650 âmes en a vu fuir 200.

Mais pour Pavlo Markovitch, il n'est pas question de quitter le village même si les hostilités reprennent. "C'était extrêmement difficile pour nos familles de s'installer ici, en plein champs, au milieu de nulle part, sans maison, sans affaires personnelles", se souvient-il, tenant un petit chien dans ses bras.

"J'ai obtenu un passeport ukrainien seulement en 1998 grâce à un décret présidentiel, jusque-là j'avais un passeport soviétique", raconte-t-il.

Les séquelles des combats acharnés autour de l'aéroport de Lougansk, détruit en août 2014, se font toujours sentir pour les Lemkos de Peremojné.

La plupart des habitants qui travaillaient à l'aéroport se sont retrouvés au chômage alors que les fermes "ont été réquisitionnées par les militaires (séparatistes) qui y ont installé leurs équipements", raconte Tetiana, 40 ans qui refuse de donner son nom de famille par crainte de représailles.

- 'Les drapeaux changent tout le temps' -

Au plus fort des combats, un monument en l'honneur des Lemkos "groupe ethnique ukrainien, victime de répressions" a été déboulonné. "Quelqu'un a dit aux rebelles que nous étions des banderovsty (nationalistes ukrainiens radicaux, partisans de Stepan Bandera, ndlr). Ils ont envoyé un camion dans la nuit" pour détruire la plaque commémorative écrite en ukrainien, poursuit Tetiana.

"Les drapeaux changent tout le temps. D'abord, c'était des soldats de Lviv (ouest nationaliste de l'Ukraine, ndlr) qui étaient basés ici, puis le bataillon ukrainien de volontaires Aïdar, puis la LNR (république autoproclamée de Lougansk, ndlr), maintenant les Russes", énumère-t-elle.

"Tout compte fait, tout le monde se fichait de nous, mais ces derniers mois les relations avec les nouvelles autorités (séparatistes) se sont normalisées, elles ont même promis de nous aider à fêter notre fête traditionnelle si elles trouvent les moyens financiers", dit Tetiana.

Il est cependant peu probable que leurs proches vivant en Ukraine occidentale viennent leur rendre visite à cette occasion dans ce territoire sous contrôle des séparatistes prorusses.

Dans la région voisine rebelle de Donetsk, huit villages d'une autre minorité, des Grecs, se sont retrouvés sur la ligne de front.

A la question de savoir comment ils ont vécu depuis le début de conflit, la plupart des habitants de ces villages répondent laconiquement: "dans un abri anti-bombe".

Dans le village de Styla, fondé au 18e siècle par des Grecs déportés suite à la guerre russo-turque et situé à 45 km de Donetsk, 90% des 2.185 habitants sont d'origine grecque et la plupart d'entre eux sont prorusses.

Avant la guerre, le responsable du village, Mykola Tchirakh, rédigeait un vocabulaire de leur langue, une version dialectale du grec. Aujourd'hui, il a laissé de côté ce travail intellectuel et s'occupe de la reconstruction des maisons endommagées par les bombardements.

"Quand la guerre a commencé, beaucoup sont partis en Russie, en Ukraine ou en Grèce, mais ceux qui sont restés préservent la culture et les traditions grecques", raconte cet homme de 60 ans devant le bâtiment de l'administration du village qui porte des traces de bombardements.

Ces Grecs prorusses entretiennent des contacts avec les communautés grecques vivant sur les territoires contrôlés par le gouvernement de Kiev.

"Nous entretenons des contacts avec les Grecs de Marioupol, nous nous téléphonons. Mais nous ne parlons pas politique parce que nos opinions sont opposées", conclut-il.

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