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07/10/2015 11:39 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

L'armée syrienne lance une "vaste offensive" grâce au soutien russe

L'intervention de la Russie en Syrie est entrée mercredi dans une nouvelle phase avec le début d'une vaste offensive terrestre de l'armée syrienne, revigorée par les frappes menées par l'aviation et désormais la marine russe.

Le président Vladimir Poutine a annoncé que les opérations russes allaient s'intensifier, après une semaine de frappes aériennes menées par son aviation sur 112 cibles.

"L'intensité des frappes augmente", a précisé le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.

Cette forte implication de Moscou a redonné de l'élan au régime de Bachar al-Assad, qui avait accumulé les revers militaires ces derniers mois face aux forces rebelles et au groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Elle a permis à l'armée syrienne de lancer mercredi "une vaste opération terrestre" dans "le nord de la province de Hama", dans le centre du pays, a annoncé une source militaire à Damas.

- Opérations 'synchronisées' -

Les soldats syriens interviennent "avec la couverture aérienne russe", a précisé cette source. M. Poutine a de son côté annoncé que les prochaines opérations russes seraient "synchronisées" avec celles des forces syriennes.

Ces dernières combattent dans le centre un groupe de forces d'opposition, dont des rebelles modérés et islamistes, ainsi que la branche d'Al-Qaïda en Syrie, le Front Al-Nosra.

L'armée veut couper les lignes de l'Armée de la Conquête, la coalition rebelle qui contrôle la province voisine d'Idleb et cherche à se renforcer dans celle de Hama.

L'opération terrestre vise également à contrôler un tronçon de l'autoroute stratégique qui relie Damas à Alep, la deuxième ville du pays contrôlée en partie par le régime, selon la source militaire syrienne.

Pour la première fois depuis l'intervention, des frappes russes ont été tirées depuis des croiseurs de la flottille de la mer Caspienne, a annoncé M. Choïgou. Quatre d'entre eux ont lancé 26 missiles de croisière sur 11 cibles de l'EI en Syrie, les détruisant toutes.

Une infographie publiée sur le site du ministère de la Défense montre les missiles tirés depuis la Caspienne, à près de 1.500 km de leur destination, survolant l'Iran et l'Irak avant de frapper en Syrie.

L'AFP est arrivée à la conclusion, à partir de la carte, que les missiles ont frappé la région d'al-Bab, dans la province d'Alep, tenue par l'EI, tandis que d'autres se dirigeaient vers la province d'Alep, tenue par les rebelles.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a indiqué que les frappes russes effectuées dans la nuit et tôt mercredi avaient été "plus intenses que d'habitude".

"Pour la première fois, elles ont été accompagnées de combats sur le terrain entre les forces du régime et des rebelles", a précisé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

- 'Erreur fondamentale' -

Les rebelles syriens et leurs soutiens à l'étranger accusent avec force Moscou de viser surtout d'autres groupes que l'EI afin de défendre le régime plutôt que de lutter contre les jihadistes.

A ce propos, M. Poutine a affirmé que son homologue français François Hollande lui avait proposé l'idée, "intéressante", d'"unifier les efforts" de l'armée du régime et de l'Armée syrienne libre (ALS), le principal groupe armé modéré.

Mais Paris a aussitôt démenti, affirmant que M. Hollande n'avait pas évoqué une telle alliance. Par ailleurs, le chef de l'Etat français a appelé à agir pour "éviter une guerre totale" en Syrie et dans la région.

En revanche, la Russie s'est dite prête mercredi à établir des contacts avec l'ASL, principal groupe armé modéré en Syrie, afin de coordonner la lutte contre l'EI et tenter de trouver une issue politique au conflit.

Sur le plan militaire, les Etats-Unis, à la tête d'une coalition anti-EI, ont assuré mercredi ne pas coopérer avec Moscou sur les frappes aériennes menées par la Russie en Syrie, que le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a qualifiées d'"erreur fondamentale".

Le ministère russe de la Défense avait affirmé mercredi matin avoir répondu à une initiative du Pentagone pour coordonner les frappes contre l'EI en Syrie.

Déclenché en mars 2011, le conflit syrien est devenu très complexe en raison de la multiplication des acteurs, notamment avec l'intervention de grandes puissances. Il a fait plus de 240.000 morts et poussé à la fuite plusieurs millions de Syriens, provoquant une grave crise humanitaire et migratoire.

L'ONG Oxfam a jugé à ce sujet que les efforts internationaux déployés pour aider les Syriens s'étaient avérés "totalement insuffisants". Seule une "poignée" de pays répondent de façon satisfaisante à leurs énormes besoins, selon elle.

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