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07/10/2015 07:33 EDT | Actualisé 07/10/2016 01:12 EDT

Euro-2016 - Albanie-Serbie, revanche d'un match à haute tension

Un drone au-dessus d'un stade avait exacerbé les nationalismes: l'Albanie reçoit la Serbie jeudi pour les qualifications à l'Euro-2016, revanche d'un match à haute tension qui avait abouti il y a un an à une crise politique entre les deux pays.

Cette rencontre est sous surveillance car son enjeu dépasse largement le cadre du football, même si l'Albanie prétend toujours à une qualification historique pour son premier grand tournoi international.

1.500 policiers seront déployés pour assurer le bon déroulement de la rencontre, qui aura lieu à Elbasan, à 50 km au sud de Tirana. 350 policiers seront chargés d'encadrer la délégation serbe. Et les habitants des immeubles entourant le stade ont même été priés d'interdire l'entrée à toute personne n'étant pas membre de leurs familles.

Les billets sont personnalisés et portent un message appelant au "fair play, au respect de l'adversaire".

Comme l'avait été le match aller à Belgrade, pourtant marqué par de graves incidents, cette rencontre sera disputée en l'absence de supporteurs adverses. A l'exception, symbolique, d'un groupe de 70 étudiants serbes qui séjournent en Albanie dans le cadre d'un projet européen sur les Balkans.

- L'Albanie rêve de l'Euro -

Côté albanais, on veut éviter tout incident suspectible d'envenimer à nouveau les relations entre les deux pays et de nuire du même coup au rêve d'une qualification à l'Euro-2016. Troisième du groupe I, l'Albanie se déplacera en Arménie le 11 octobre pour son dernier match, alors que le deuxième, le Danemark, affrontera le leader, le Portugal.

"Les provocations et les tensions ne sont pas dans l'intérêt de l'Albanie", a martelé le président de la Fédération, Armando Duka. Les joueurs, eux, ont lancé un appel relayé par les médias: "Non au racisme, respectez les hymnes, ne provoquez pas d'incidents".

Côté adverse, l'esprit est revanchard, car la Serbie n'a plus aucune chance de qualification. Et n'a pas digéré la sanction prise en juillet par le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui lui avait infligé une défaite par forfait pour le match aller (0-3) à cause des incidents.

"Nous voulons tous gâcher leurs plans, les battre et faire en sorte qu'ils ne se qualifient pas", a récemment déclaré le gardien de but serbe Vladimir Stojkovic.

Point de départ de cette querelle diplomatico-sportive, un incident rarissime. Le 14 octobre 2014, lors du match aller à Belgrade, un drone survole le stade. Il traîne derrière lui un drapeau frappé d'une carte de la "Grande Albanie", projet nationaliste visant à regrouper dans un même État les communautés albanaises des Balkans.

- Différends historiques -

Cet étendard provoque une explosion de colère chez les supporteurs serbes dont certains lancent des fumigènes et d'auters objets sur le terrain. Une énorme bousculade se produit, avec l'envahissement de la pelouse et des scènes de pugilat entre joueurs et spectateurs. Le match est finalement arrêté à la 41e minute alors que le score est de 0-0.

Les autorités serbes condamnent le survol du drone et dénoncent une "provocation politique préméditée". A l'inverse, Tirana estime que les incidents ont commencé bien avant, quand des supporteurs serbes ont scandé "Mort aux Albanais".

Car Serbes et Albanais entretiennent des relations historiquement hostiles. Dernier différend en date, le Kosovo, ex-province serbe peuplée en majorité d'Albanais qui a proclamé unilatéralement son indépendance en février 2008.

L'affaire du drone ravive donc les tensions: prévue avant qu'éclatent ces incidents, la visite du Premier ministre albanais Edi Rama à Belgrade, la première d'un chef de gouvernement albanais en Serbie après 68 ans, est reportée de trois semaines.

Depuis, Belgrade et Tirana néanmoins ont oeuvré à la normalisation de leurs relations sous la pression de Bruxelles, car les deux pays aspirent à rejoindre l'Union européenne.

M. Rama s'est rendu à Belgrade et son homologue serbe Aleksandar Vucic à Tirana. Tous deux se sont engagés à tourner la page dans le but commun de préserver la stabilité dans les Balkans.

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